
Dans les hauts plateaux de Minembwe, territoires de Fizi et Mwenga, les activités socio-économiques reprennent timidement après des mois d’insécurité. Le déploiement des FARDC, dans le cadre des opérations Sokola 2, a permis de reprendre le contrôle de plusieurs localités naguère dominées par des groupes armés. Marchés rouverts, femmes commerçantes de retour, mais une paix encore précaire dans une région profondément marquée par les violences.
Quand les fusils accouchent d’un semblant de paix
« L’État est cette communauté humaine qui revendique le monopole de la violence légitime », écrivait Max Weber. À Minembwe, ce monopole semble se reconstituer. Le porte-parole des opérations Sokola 2, Mbuyi Kalonji Reagan, évoque « une amélioration notable du climat sécuritaire ». Derrière cette accalmie, une réalité : la paix naît encore sous la protection des armes.
Les marchés renaissent, les cicatrices parlent
À Abala, Kalingi, Point Zéro ou Mikenge, les étals reprennent vie. Les femmes commerçantes, silhouettes de résilience, réinvestissent l’espace économique. Mais comme le souligne Amartya Sen, « le développement exige la suppression des entraves à la liberté ». Or ici, la liberté reste sous surveillance. La reprise est réelle, mais encadrée, presque suspendue.
Reconstruire sur les ruines encore fumantes
Hôpital général, radio communautaire : les symboles du lien social ont été détruits. La reconstruction devient alors un impératif vital. Johan Galtung rappelait que « la paix durable exige plus que l’absence de violence : elle nécessite la justice et la reconstruction ». Minembwe incarne cette transition fragile entre silence des armes et absence de paix réelle.
Une accalmie sous condition, une paix en sursis
Les habitants réclament le renforcement du dispositif militaire. Une demande révélatrice : la sécurité reste exogène, dépendante des forces déployées. Thomas Hobbes écrivait dans Le Léviathan que sans sécurité, la vie est « solitaire, pauvre, brutale ». Ici, la peur n’a pas disparu, elle s’est simplement retirée à la périphérie.
Minembwe respire à nouveau, mais d’un souffle court. La reprise économique esquisse un espoir, sans encore garantir une stabilité durable. Entre reconstruction et incertitude, la région avance sur une ligne de crête où chaque progrès reste réversible. « La paix n’est pas seulement l’absence de guerre, c’est une vertu », écrivait Baruch Spinoza. À Minembwe, cette vertu reste à conquérir lentement, douloureusement, mais obstinément.
Didier BOFATSHI
Opinion info/ VFI7, voltefaceinfos7.com