Minova sous étau : La nuit du contrôle, ou la fabrique de la peur dans l’Est congolais

À Minova, cité du territoire de Kalehe (Sud-Kivu), des éléments de l’AFC/M23 ont mené, dimanche 12 avril 2026, une opération de bouclage marquée par un couvre-feu, des fouilles systématiques et l’interpellation de dizaines d’hommes âgés de 18 à 40 ans. Regroupés au stade « Mille arbres », ils ont été retenus plusieurs heures avant leur libération sous pression populaire. Officiellement destinée à identifier les porteurs de « jetons de Salongo » et des suspects, l’opération s’inscrit dans une stratégie de contrôle territorial dans un contexte d’instabilité persistante.

La ville quadrillée, ou l’œil qui traque

Minova s’est réveillée sous un quadrillage méthodique. Porte après porte, corps après corps, la cité s’est muée en espace d’inspection. « Le pouvoir s’exerce plutôt qu’il ne se possède », écrivait Michel Foucault. Ici, il s’infiltre dans les ruelles, s’impose dans les regards, et transforme chaque habitant en suspect potentiel.

Jeunesse traquée, colline refuge

Face aux arrestations, des jeunes hommes ont fui vers la colline de Katale, dessinant une cartographie de la peur. Le territoire se fracture : d’un côté, la contrainte ; de l’autre, la fuite. Cette scène résonne avec la pensée d’Achille Mbembe : « La souveraineté, c’est le pouvoir de décider qui peut vivre et qui doit mourir. » À Minova, circuler devient déjà un privilège.

La foule, rempart incandescent

Femmes et enfants, debout, refusant l’abandon. Leur présence compacte a infléchi le cours de l’opération jusqu’à la libération des interpellés. Une résistance sans armes, mais non sans force. Pour James C. Scott, ces gestes relèvent d’une « infrapolitique » : silencieuse, mais décisive.

L’ordre imposé, l’État mimé

À travers les « jetons de Salongo », c’est une esquisse d’administration parallèle qui s’impose. Réguler, contrôler, légitimer. Max Weber rappelait que tout pouvoir cherche sa reconnaissance. À Minova, elle s’arrache sous contrainte.

La peur demeure, suspendue, prête à retomber. Minova n’oublie pas. « La violence peut détruire le pouvoir, elle est incapable de le créer », avertissait Hannah Arendt. Dans cette cité sous tension, chaque silence résonne comme une alerte.

Et dans l’ombre des collines, une vérité persiste, implacable : « Là où il y a pouvoir, il y a résistance », écrivait encore Michel Foucault Minova, fragile mais debout, en porte déjà l’écho.

Didier BOFATSHI / VFI7, voltefaceinfos7.com

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