Madagascar : Le grand pari des urnes après la chute de Rajoelina

Le compte à rebours d’une nation fracturée

À Madagascar, le sablier politique vient d’être retourné. La Commission Electorale Nationale Indépendante (Céni) a annoncé, vendredi 9 mai, à Antananarivo, l’organisation d’un référendum constitutionnel en juin 2027, suivi d’une élection présidentielle en octobre. Une séquence décisive pour un pays encore secoué par la chute de Andry Rajoelina en octobre dernier et par une transition sous haute tension.

Selon les informations consultées sur RFI par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, la Céni promet une refonte totale du fichier électoral afin de restaurer une confiance populaire profondément érodée après des années de soupçons, de crises politiques et de fractures institutionnelles. Dans les rues d’Antananarivo, l’annonce résonne comme un mélange de promesse démocratique et de vertige national.

Les cendres des listes électorales

Onze mois. C’est le délai que s’impose la Céni pour reconstruire entièrement le fichier électoral malgache. Les anciennes bases de données seront effacées. Repartir de zéro. Rebâtir le cœur administratif du vote quartier par quartier, village par village, comme on tente de recoller une nation fissurée.

Le président de la Céni, Thierry Rakotonarivo, promet une mécanique plus ouverte, plus transparente, plus inclusive. « Nous allons utiliser des modes opératoires vraiment transparents », affirme-t-il.  Des comités locaux associant partis politiques et société civile doivent être mis en place dans chaque quartier. Une tentative de désamorcer la bombe de la défiance populaire. Car derrière les formulaires et les registres se cache une bataille autrement plus profonde : celle de la légitimité.

Comme l’écrivait Jean-Jacques Rousseau : « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit. » À Madagascar, le droit électoral est devenu le théâtre où se joue désormais la survie de la confiance civique.

Le référendum, ce volcan sous la Constitution

Officiellement, le référendum de juin 2027 doit ouvrir une nouvelle architecture institutionnelle. Officieusement, beaucoup y voient déjà un champ de bataille politique. Dans plusieurs États africains, les réformes constitutionnelles ont souvent servi de levier de consolidation du pouvoir. À Antananarivo, l’absence de détails précis sur le contenu du futur texte nourrit déjà les spéculations.

La jeunesse qui a contribué à faire tomber l’ancien régime observe désormais la transition avec une vigilance nerveuse. Le pays avance, mais sur une corde raide. Le philosophe Montesquieu avertissait : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » Cette phrase résonne aujourd’hui comme une mise en garde silencieuse contre toute dérive institutionnelle.

L’ombre des puissances et la guerre des influences

Dans les coulisses de cette transition, une autre bataille se dessine : celle des influences géopolitiques. Le rapprochement évoqué entre la Céni et Russie suscite des inquiétudes parmi certaines ONG et partenaires internationaux. Derrière les discours diplomatiques se profile une compétition stratégique plus vaste autour de l’influence en Afrique.

La communauté internationale, qui a validé une transition de vingt-quatre mois, attend désormais des élections « libres et transparentes ». Mais dans ce jeu d’équilibres fragiles, chaque acteur avance ses propres intérêts. Comme l’écrivait George Orwell : « Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges. » À Madagascar, les mots de la démocratie sont désormais scrutés autant que les actes.

Une île suspendue entre l’espoir et la rupture

Le véritable test ne sera peut-être pas la présidentielle d’octobre 2027. Il commencera bien avant, dans la manière dont la Céni parviendra ou non  à convaincre une population épuisée par les transitions répétées. Car une démocratie ne tient pas seulement par des urnes. Elle tient par la croyance collective dans leur sincérité. Si le processus annoncé réussit, Madagascar pourrait transformer une crise historique en renaissance institutionnelle. En cas d’échec, le pays risque de replonger dans le cycle des contestations et des fractures.

La philosophe Hannah Arendt écrivait : « Le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble. » Reste désormais à savoir si les urnes malgaches deviendront un pont vers la reconstruction nationale… ou le miroir d’une confiance définitivement brisée.

Didier BOFATSHI

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