La Grande Mosquée de Paris, entre mémoire, pouvoir et

Elle se dresse au cœur du Quartier latin, oasis de pierre et de zelliges : la Grande Mosquée de Paris célèbre son centenaire. Inaugurée en 1926 en présence de Gaston Doumergue et du sultan Moulay Youssef, elle fut pensée comme un hommage aux soldats musulmans morts pour la France durant la Première Guerre mondiale. Monument de gratitude, elle est aussi devenue monument de débats.

Un minaret pour la mémoire

Érigée après le sacrifice de plus de 100 000 combattants musulmans tombés sous le drapeau tricolore, la mosquée devait incarner la reconnaissance nationale. « Quand s’érigera le minaret que vous allez construire, il ne montera vers le beau ciel de l’Île-de-France qu’une prière de plus », déclarait Hubert Lyautey. Derrière la pierre blanche, un geste politique : inscrire l’islam dans le paysage républicain.

La laïcité contournée

Mais comment bâtir un édifice religieux dans une France laïque depuis 1905 ? Par un détour juridique. La Société des habous, structure de droit musulman transformée en association loi 1901, reçut subventions de l’État et terrain municipal. Le débat fut vif. Charles Maurras dénonça une « menace pour notre avenir ». D’autres, comme Édouard Herriot, y voyaient un acte d’honneur national.

Empire et influence

Au-delà de l’hommage, l’édifice traduisait l’ambition coloniale d’une France puissance musulmane d’Europe. Après l’indépendance algérienne, la mosquée passe sous influence d’Algérie. Depuis 1982, Alger finance et détache des imams. Aujourd’hui encore, son recteur, Chems-eddine Hafiz, défend une institution « appartenant au patrimoine commun de la nation », malgré les polémiques sur la certification halal et les tensions diplomatiques.

Refuge et symbole

Durant l’Occupation, la mosquée servit de refuge à des résistants et à des familles juives, délivrant de faux certificats pour sauver des vies. Lieu de culte, de mémoire, mais aussi décor de cinéma immortalisé dans La Grande Vadrouille elle incarne un islam de France en quête d’équilibre entre tradition et République.

De 500 fidèles à ses débuts à près de 15 000 aujourd’hui, la mosquée traverse les fractures du siècle. « Les musulmans font partie de l’Histoire de France et de son avenir », affirme son recteur.

Comme l’écrivait Ernest Renan, « une nation est un plébiscite de tous les jours ». Sous le minaret centenaire, c’est ce plébiscite discret qui se poursuit entre mémoire, foi et destin partagé.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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