La jeunesse gabonaise coupée du monde

Au Gabon, la suspension des réseaux sociaux décidée le 17 février par la Haute autorité de la communication demeure en vigueur. Facebook, TikTok, YouTube et en grande partie WhatsApp le plus utilisé dans le pays sont bloqués. Les élèves et étudiants, grands usagers de ces outils pour leurs recherches et échanges académiques, en subissent de plein fouet les conséquences.

La classe hors ligne

À la sortie des universités de Libreville, les témoignages se ressemblent : devoirs impossibles à transmettre, documents inaccessibles, communications hachées. Certains étudiants tentent de contourner le blocage via des VPN. « Parfois ça fonctionne, parfois non », confie l’un d’eux. L’apprentissage devient aléatoire, suspendu aux caprices d’un réseau filtré.

L’explosion des tunnels numériques

Selon l’observatoire indépendant NetBlocks, l’usage des VPN a bondi de 25 000 % en une seule journée après l’annonce de la mesure. Mais ces solutions ont un coût, financier et technique. Publicités intrusives, lenteurs, abonnements payants : l’accès détourné creuse les inégalités entre étudiants.

Une jeunesse prise de court

« Ils n’ont pas pensé aux jeunes », regrette une élève. Difficultés à recevoir des messages sur WhatsApp, impossibilité d’accéder à TikTok : le quotidien numérique est fragmenté. Pour beaucoup, la décision a été brutale, sans préparation ni alternative.

L’argument de la stabilité

Réuni en conseil des ministres, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a qualifié la mesure d’« exceptionnelle » et « transitoire », invoquant la nécessité de protéger le pays contre toute tentative de déstabilisation. La sécurité invoquée face à la liberté restreinte : un dilemme classique des États contemporains.

L’effet dépasse la simple frustration numérique : il touche l’accès au savoir, à l’information et à la participation citoyenne. Comme l’écrivait Manuel Castells, « le pouvoir se joue désormais dans les réseaux ».

En les coupant, le Gabon ne suspend pas seulement des applications ; il met en pause une génération connectée et rappelle que, dans le monde contemporain, le silence peut être aussi politique que la parole.

RFI / VF7, via voltefaceinfos7.com

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