Kisangani : Le riz à 800 000 FC, quand les routes mortes étranglent les prix crise silencieuse de l’enclavement en Tshopo

Routes mortes, prix vivants

Kisangani, jeudi 11 juin 2026. Le riz s’envole, les routes s’effondrent. Dans la province de la Tshopo, le sac de 100 kg de riz blanc, jadis vendu entre 300 000 et 350 000 FC, franchit désormais le seuil vertigineux de 800 000 FC. Une flambée brutale qui ne naît pas des champs, mais des chemins brisés reliant Opala, bassin agricole majeur, à la capitale provinciale. Selon la Nouvelle dynamique de la société civile du Congo (NDSCI), l’abondance existe, mais la circulation est morte.

« Les produits restent bloqués faute d’infrastructures routières », déplore Maître Christian Kambi, président provincial de la NDSCI, dans des propos recueillis et confirmés dans le cadre de l’information consultée sur 7sur7.cd par la rédaction de Voltefaceinfos7.com.

L’enclavement comme impôt invisible

Dans cette économie fracturée, la route fixe désormais le prix. Plus que le riz, c’est son transport qui s’achète, se paie, s’impose. L’enclavement devient une taxe silencieuse, invisible mais permanente, ajoutée à chaque sac immobilisé entre champs et ville.

« Il est impossible de quitter Opala pour Kisangani à cause du manque de routes praticables », insiste la société civile, révélant une rupture logistique devenue structure structurelle.

Abondance prisonnière des pistes

Le paradoxe est brutal : les champs débordent, les marchés suffoquent. L’Opala produit, mais Kisangani paie. Entre les deux, un vide infrastructurel transforme la richesse agricole en rareté urbaine. La circulation des biens, pourtant vitale, s’effondre sous le poids de l’abandon routier. Comme le soulignait Amartya Sen, « la faim est un échec d’accès plutôt qu’un manque de production ». Ici, la flambée des prix est une inflation de distance, non de rareté.

Économie déformée, société sous tension

L’enclavement agit comme un multiplicateur de coûts. Transport, pertes, risques : chaque kilomètre manquant devient un surcoût. Le marché ne corrige pas, il amplifie. Le riz, produit vital, devient un baromètre de l’isolement territorial.

David Ricardo rappelait que les coûts de transport façonnent la valeur réelle des biens. À Kisangani, cette théorie prend corps dans la douleur du quotidien.

Routes absentes, souveraineté fragilisée

Au-delà du prix, c’est la cohésion territoriale qui se fissure. L’inflation alimentaire devient un symptôme politique autant qu’économique. L’enclavement transforme la richesse agricole en pauvreté urbaine.

La NDSCI appelle à une réhabilitation urgente des routes agricoles et questionne l’usage de fonds publics destinés aux infrastructures, estimés à plusieurs millions de dollars.

« Tant que les routes meurent, les marchés ne respirent pas », avertit un acteur de la société civile. Et dans cette économie suspendue, une vérité s’impose : le riz ne manque pas, il n’arrive pas. Comme le rappelait François Perroux, « le développement est la transformation des structures ». À Kisangani, cette transformation commence là où le silence des routes devient plus lourd que le bruit des marchés.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *