
Destins tracés
Kinshasa, jeudi 11 juin 2026. Plus de 1 654 905 élèves congolais sont engagés dans le Test National de Sélection et d’Orientation Scolaire et Professionnelle (TENASOSP). L’épreuve a été officiellement lancée au Complexe scolaire Lestonnac Mobokoli, dans la commune de Selembao, par la ministre d’État à l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu. Dans un pays où la massification scolaire s’accélère, l’orientation devient un levier central de gouvernance éducative et de structuration des trajectoires professionnelles.
École sous architecture d’État
Derrière l’épreuve, une logique s’installe : organiser, classer, anticiper. Le TENASOSP ne mesure plus seulement des acquis scolaires, il cartographie des futurs possibles. L’État transforme l’école en espace de projection sociale, où chaque élève est orienté vers une filière censée correspondre à ses aptitudes et aux besoins économiques du pays.
« Nous voulons une orientation plus cohérente et plus efficace pour préparer l’avenir des jeunes », a déclaré une source du ministère, dans un contexte de réforme éducative consulté sur place.
Massification et régulation
Avec plus de 1,6 million de candidats, le système éducatif congolais entre dans une phase de tension structurante : celle de la gestion de masse. L’orientation scolaire devient un outil de régulation des flux, un mécanisme de tri fonctionnel destiné à réduire les déséquilibres entre formation et emploi.
Comme l’écrivait Michel Foucault, « le pouvoir moderne ne s’exerce plus par interdiction, mais par organisation des possibles ». Le TENASOSP illustre cette logique : orienter pour gouverner, structurer pour anticiper.
Trajectoires sous surveillance douce
L’enjeu dépasse l’examen. Il touche à la fabrication des trajectoires individuelles dans un système éducatif en expansion rapide. Chaque résultat devient un signal, chaque orientation une bifurcation.
Pierre Bourdieu rappelait que « l’école contribue à reproduire les structures sociales ». Ici, l’ambition affichée est inverse : corriger les déséquilibres par une meilleure allocation des parcours scolaires.
L’État cartographe des futurs
L’orientation scolaire devient ainsi une politique publique stratégique, au croisement de l’éducation et du marché du travail. Elle vise à produire une cohérence entre compétences formées et besoins économiques nationaux. Mais une question demeure en filigrane : un test peut-il réellement contenir la complexité d’une destinée ?
« Orienter, c’est déjà choisir la société de demain », souffle un cadre éducatif. Et dans les salles d’examen de Kinshasa, une nation entière s’écrit en trajectoires. Comme le rappelait Émile Durkheim, « l’éducation est une socialisation méthodique de la jeune génération ». En RDC, cette socialisation prend désormais la forme d’une cartographie nationale des futurs précise, ambitieuse, mais encore en quête de justesse humaine.
Didier BOFATSHI

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