Kinshasa : Malgré la ville morte, la rue fait entendre sa voix pour la réforme constitutionnelle

Le pouls de la capitale

Alors que l’opposition avait appelé à une journée « ville morte » pour dénoncer l’adoption, le 27 mai dernier à l’Assemblée nationale, de la proposition de loi référendaire qu’elle associe à une éventuelle ouverture vers un troisième mandat du président Félix Tshisekedi, une marche spontanée en faveur du changement de la Constitution a été observée ce mercredi 3 juin sur l’avenue de la Libération, à Kinshasa.

Des citoyens ont parcouru cette artère emblématique de la capitale pour exprimer leur soutien au débat sur la réforme constitutionnelle. Dans une ville invitée au silence, des voix se sont élevées, dessinant une autre lecture de l’actualité politique.

Quand la rue refuse l’unisson

L’image est forte. D’un côté, un appel à l’arrêt des activités. De l’autre, une mobilisation favorable à une réflexion sur l’avenir institutionnel du pays. Cette présence dans l’espace public révèle une réalité souvent oubliée : l’opinion nationale n’est pas monolithique.

« La démocratie est l’organisation de la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir », écrivait Raymond Aron. À Kinshasa, cette concurrence s’est manifestée non par l’affrontement, mais par l’expression de sensibilités divergentes autour d’une même question nationale.

Les murmures du contrat social

Au-delà de la marche, c’est le débat constitutionnel lui-même qui s’invite au cœur de la cité. Les institutions, la gouvernance et l’avenir de la République se retrouvent au centre des conversations.

Pour certains participants, soutenir le débat ne signifie pas nécessairement approuver un résultat déjà écrit, mais défendre le droit de discuter des fondements de l’État. Une posture qui témoigne de l’importance accordée à la participation citoyenne dans les grandes orientations nationales.

La bataille des imaginaires

Cette séquence politique met en lumière une lutte plus profonde : celle des récits qui cherchent à façonner l’avenir du pays. Entre inquiétudes, espoirs et convictions, chaque camp tente de convaincre l’opinion.

Comme le rappelait Montesquieu, « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ». Cette vigilance demeure indispensable dans tout débat constitutionnel. Mais elle doit s’accompagner d’une autre exigence : écouter toutes les voix qui composent la nation.

Au final, la marche observée sur l’avenue de la Libération rappelle que la rue congolaise ne parle jamais d’une seule voix. Et dans le tumulte des passions politiques, résonne encore cette réflexion d’Albert Camus : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. » Une invitation à faire du débat, plutôt que du silence, le véritable moteur de l’avenir.

Didier BOFATSHI

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