
À Kinshasa, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) tire la sonnette d’alarme : plus de quarante opposants politiques, arrêtés depuis janvier par les services de renseignement et la justice militaire, sont détenus dans des conditions opaques, notamment dans des cachots attribués au Conseil national de cyberdéfense (CNC). Une situation dénoncée comme arbitraire, révélatrice d’un climat sécuritaire sous tension et d’une justice contestée.
Quarante voix ensevelies sous les verrous
Le chiffre claque comme un verdict : 42 opposants privés de liberté. Membres de Ensemble pour la République et du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), ils incarnent une pluralité politique aujourd’hui réduite au silence. « Là où cesse la liberté, commence la tyrannie », écrivait Montesquieu. À Kinshasa, ce seuil semble dangereusement franchi.
Les cachots du secret, ou la géographie de l’invisible
Au-delà de la prison militaire de Ndolo, l’alerte de l’ONU pointe vers des lieux plus troubles : des cellules clandestines liées au CNC. Invisibles, insaisissables, ces espaces échappent au regard judiciaire. Michel Foucault décrivait déjà ces mécanismes où « le pouvoir s’exerce d’autant mieux qu’il est invisible ». Ici, le secret devient instrument de contrôle.
Arrestations nocturnes, justice suspendue
Des figures politiques comme Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku ou Dunia Kilanga ont été interpellées à domicile, par des hommes armés, souvent sans mandat apparent. Depuis, le silence judiciaire persiste. « Une injustice commise quelque part est une menace pour la justice partout », avertissait Martin Luther King Jr..
L’alerte mondiale, écho d’un malaise profond
Avant l’ONU, Human Rights Watch évoquait déjà des disparitions inquiétantes, liant certaines arrestations à des accusations floues de soutien à l’AFC/M23. Une convergence d’alertes qui dessine un tableau sombre : celui d’un État où la sécurité nationale semble primer sur les garanties fondamentales. Pour Hannah Arendt, « le totalitarisme commence là où les lois cessent de protéger ».
L’alerte du BCNUDH dépasse le simple constat : elle interpelle sur la nature même du pouvoir et de ses limites. Derrière ces quarante détenus, c’est toute la question de l’État de droit qui vacille.
Car emprisonner sans juger, c’est suspendre la justice elle-même. Et dans ce silence imposé, une inquiétude grandit : combien d’autres voix restent encore invisibles ? Comme le rappelait Victor Hugo, « ouvrir une prison, c’est fermer une école ». À Kinshasa, l’histoire semble écrire l’inverse : fermer les libertés pour contenir les voix.
Didier BOFATSHI
Actualite.cd / voltefaceinfos7.com