Du souvenir des victimes à l’action judiciaire, le massacre de Kasika pose encore la question de l’impunité dans l’Est de la RDC.
Vingt-huit ans après le massacre de Kasika, Denis Mukwege appelle la RDC et la communauté internationale à passer de la commémoration à l’action judiciaire. Le Nobel de la paix s’appuie sur le rapport Mapping de l’ONU, qui documente plus d’un millier de civils tués dans les violences de Kilungutwe, Kalama et Kasika.
Kasika, un massacre documenté
Le 24 août 1998, des civils ont été massacrés dans plusieurs villages du territoire de Mwenga, au Sud-Kivu. Le rapport Mapping évoque plus d’un millier de victimes, parmi lesquelles des femmes et des enfants. Il documente aussi des violences sexuelles, des tortures et des destructions.
À Kasika, le Mwami François Mubeza et son épouse Yvette Nyange figurent parmi les victimes. Des religieux et des fidèles ont également été tués. Un document des Nations unies de 1999 recense plus de 633 morts à Kasika et plus de 116 victimes dans la paroisse catholique.
Mukwege réclame une justice crédible
Pour Denis Mukwege, la commémoration ne doit plus s’arrêter au souvenir. Il demande l’application des recommandations du Mapping et des enquêtes sur les crimes commis depuis trois décennies.
Il propose notamment une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que des chambres mixtes ou hybrides. Son objectif est de garantir quatre droits : vérité, justice, réparation et non-répétition.
La mémoire contre l’impunité
Le sens caché de cette commémoration dépasse Kasika. Elle pose une question institutionnelle : une société peut-elle construire une paix durable sans traiter les crimes qui ont marqué son histoire ?
Primo Levi rappelait une idée essentielle : « Il est arrivé, donc il peut arriver de nouveau. » Cette pensée donne une portée universelle au drame congolais. La mémoire ne devient utile que lorsqu’elle protège l’avenir.
Un enjeu qui dépasse la RDC
Le dossier touche aussi aux relations régionales et à la crédibilité du droit international. Pour Mukwege, l’impunité nourrit la répétition des violences. La justice devient donc un instrument de prévention, autant qu’un moyen de réparation.
Vingt-huit ans après Kasika, l’enjeu reste clair : transformer le souvenir en action. La RDC et ses partenaires internationaux sauront-ils enfin faire de la mémoire des victimes un véritable mécanisme de justice et de non-répétition ?
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Didier Bofatshi
Opinion info / VFI7

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