À Conakry, un drame annoncé par des années d’alertes relance la question de la prévention des risques urbains.

 Au moins 31 personnes sont mortes dans l’éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, à Conakry, dans la nuit du 22 au 23 août 2026. Les fortes pluies ont provoqué l’effondrement d’une masse de déchets sur des habitations. Les secours poursuivent les recherches, tandis que les autorités accélèrent l’évacuation du site.

Un éboulement meurtrier à Conakry

Le drame s’est produit vers 2 heures du matin, dans la commune de Gbessia. Une partie de la montagne de déchets s’est effondrée sur des maisons et des baraques installées au pied de la décharge. Le dernier bilan provisoire communiqué par la Protection civile fait état d’au moins 31 morts. Des blessés ont aussi été pris en charge.

Les forces de défense et de sécurité, la Protection civile et la Croix-Rouge ont engagé les recherches. La masse de déchets reste instable. Plusieurs familles attendent encore des nouvelles de proches disparus.

Une catastrophe précédée par des alertes

Le drame n’est pas totalement imprévisible. En 2024, la Primature avait déjà décrit Dar-es-Salam comme un site dangereux, notamment à l’approche de la saison des pluies. Le gouvernement avait alors annoncé la nécessité d’une fermeture et d’une solution durable.

En juillet 2025, les autorités avaient encore confirmé le projet de fermeture et de délocalisation. Elles évoquaient une décharge saturée, exposant les riverains à des risques sanitaires et sécuritaires.

Le site devait justement fermer le jour du drame. Cette proximité entre décision et catastrophe constitue l’angle essentiel de cette tragédie : la prévention ne vaut que lorsqu’elle arrive avant le danger.

Quand la prévention devient une question de gouvernance

Le philosophe Hans Jonas rappelait que la responsabilité impose de penser les conséquences futures de nos décisions. Cette pensée éclaire le cas de Dar-es-Salam. Une politique publique ne se mesure pas seulement à ses annonces, mais à sa capacité à protéger concrètement les populations exposées.

Cette leçon dépasse la Guinée. Dans plusieurs villes africaines, l’urbanisation rapide, la pauvreté et l’insuffisance des infrastructures rapprochent parfois les populations des zones dangereuses. La gestion des déchets devient alors une question de sécurité humaine, de santé publique et de gouvernance urbaine.

Pour la République Démocratique du Congo, notamment à Kinshasa, l’événement offre une lecture utile. Il rappelle qu’une décharge, un ravin ou une zone inondable ne devient pas dangereux au moment où survient la catastrophe. Le risque existe souvent bien avant.

De la promesse à l’action

Le gouvernement guinéen avait engagé une stratégie de fermeture et de valorisation de Dar-es-Salam. La Primature évoquait notamment un nouveau modèle de gestion des déchets et la création d’un centre d’enfouissement technique.

Le défi est désormais de transformer l’urgence en politique durable. Reloger les familles, sécuriser le périmètre et achever les recherches répondent à l’immédiat. Mais prévenir les prochains drames exige aussi une planification urbaine rigoureuse.

La catastrophe de Dar-es-Salam rappelle ainsi une vérité simple : lorsque le risque est connu, l’inaction finit par devenir un enjeu de responsabilité publique.

Les 31 morts imposent donc le deuil, mais aussi l’examen des décisions qui ont précédé le drame. Les villes africaines sauront-elles transformer les alertes connues en actions préventives avant que d’autres catastrophes ne rappellent le coût humain du retard ?

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Didier Bofatshi

RFI / VFI7

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