
Dans le groupement de Ziralo, territoire de Kalehe, au Sud-Kivu, près de 13 000 civils ont fui depuis jeudi dernier les affrontements violents opposant les rebelles de l’AFC/M23 aux milices Wazalendo. En quelques jours, plus de dix villages se sont vidés, leurs habitants femmes, enfants, vulnérables jetés sur les routes, cherchant refuge vers Mianda et Bulembwe. Une fuite massive, brutale, révélatrice d’une guerre qui redessine les lignes de vie et de pouvoir.
Quand la terre brûle, les cartes se redessinent
Kashebere, Tushunguti, Kirambo, Bunyangungu… autant de noms désormais avalés par le fracas des armes. Ici, la guerre ne surgit pas : elle s’installe, méthodique. Comme l’écrivait Carl von Clausewitz, « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». À Ziralo, elle devient surtout une entreprise de conquête silencieuse, où chaque village déserté équivaut à une victoire sans témoins.
13 000 fuites, ou l’effondrement du monde ordinaire
Ce chiffre n’est pas qu’un bilan : c’est une cassure. Treize mille vies déracinées en quelques jours. « La violence apparaît là où le pouvoir est en péril », rappelait Hannah Arendt. Ici, l’État s’efface, laissant place à la loi des armes. Les civils fuient moins les balles que le vide : celui d’une protection disparue.
Les routes de l’exil, artères d’une survie précaire
Vers Mianda, vers Bulembwe, les silhouettes s’égrènent. Une géographie de la fuite se dessine. Le sociologue Zygmunt Bauman parlait d’un monde « liquide » : à Kalehe, il devient fuyant. Les villages se vident, les refuges débordent, et entre les deux naissent des zones grises, sans loi ni repère.
Vider pour régner : la guerre invisible
Derrière l’exode, une mécanique plus froide : contrôler sans administrer. Dépeupler pour mieux occuper. « Gouverner, c’est disposer des hommes », écrivait Michel Foucault. À Ziralo, les corps en fuite deviennent les instruments involontaires d’une recomposition territoriale.
Kalehe, la guerre ne compte pas seulement ses morts, elle compte ses absents. Et ces 13 000 déplacés disent l’essentiel : une terre qui se vide est une terre qui bascule. Comme l’avertit David Keen, « les conflits survivent en exploitant leurs propres ravages ».
Dans le silence des villages désertés, une vérité persiste et interpelle : « Là où tout semble perdu, c’est souvent l’humanité qui vacille la première ». Une chute que Albert Camus aurait sans doute murmurée ainsi : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».
Didier BOFATSHI
Actualite.cd / voltefaceinfos7.com