Israël–Liban : « Opportunité historique » sous tension, Washington arbitre un dialogue fracturé et Paris frontalement écarté

À Washington, les discussions directes entre Israël et le Liban marquent un tournant diplomatique majeur. Tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio évoque une « opportunité historique », l’ambassadeur israélien Yechiel Leiter a multiplié les déclarations tranchantes, excluant explicitement la France du processus. Dans un contexte de tensions régionales et d’influences croisées, ces propos révèlent une stratégie assumée de contrôle du cadre des négociations.

L’aube fragile d’un possible basculement

« Une opportunité historique », affirme Marco Rubio, tout en prévenant : « toutes les difficultés ne seront pas résolues dans les heures à venir ». Washington tente d’imprimer un rythme, amorçant une dynamique plus qu’une conclusion. Comme le soulignait Henry Kissinger : « La diplomatie est l արվեստ de gérer les tensions sans les résoudre immédiatement. »

Le refus brutal : Paris hors-jeu

Face à la presse, Yechiel Leiter ne mâche pas ses mots : « Il est certain que nous ne voulons pas voir les Français s’immiscer dans ces négociations. » Puis, dans un registre encore plus incisif : « Nous aimerions garder les Français aussi loin que possible de pratiquement tout, mais surtout lorsqu’il s’agit de négociations de paix. » Et d’insister : « Ils ne sont pas nécessaires. Ils n’ont pas d’influence positive, surtout pas au Liban. » Dans cette séquence, la diplomatie devient exclusion assumée. Comme l’écrivait Hans Morgenthau : « La politique internationale est une lutte pour le pouvoir. »

L’ennemi commun, fragile convergence

Fait notable, Yechiel Leiter relève : « Nous avons découvert aujourd’hui que nous sommes du même côté. » Désignant en creux Hezbollah et l’influence de Iran, il précise : « Nous sommes unis dans notre volonté de libérer le Liban d’un pouvoir dominé par l’Iran. » Pour Kenneth Waltz : « Les alliances se forment face aux menaces communes. »

La table redessinée, la paix conditionnée

« Les institutions facilitent la coopération », rappelle Robert Keohane.
Mais ici, elles sont triées. Washington orchestre, Paris est écarté. La négociation devient un espace calibré, presque fermé, où chaque présence est un levier.

Comme le souligne Thomas Schelling : « Le pouvoir réside dans la capacité à structurer la négociation. » En excluant certains acteurs, Israël façonne déjà les contours de l’issue. Dans ce jeu d’influences, une évidence persiste : « La paix n’est jamais donnée, elle se construit dans le déséquilibre », écrivait Raymond Aron et à Washington, cet équilibre reste encore à inventer.

Didier BOFATSHI

Le Figaro / VFI7

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *