
À Antalya, en Turquie, lors de la 5e édition du Forum diplomatique organisé du vendredi 17 au dimanche 19 avril, sous l’égide de Recep Tayyip Erdoğan, le président Félix Tshisekedi a lancé un avertissement stratégique : le multilatéralisme montre ses limites dans un monde fracturé. Face aux tensions géopolitiques, aux crises économiques et à l’imprévisibilité globale, il appelle à le refonder à partir des dynamiques régionales, jugées plus réactives, concrètes et adaptées aux réalités locales.
Le multilatéralisme en ruines feutrées
Dans un monde secoué par des crises en cascade, le modèle multilatéral vacille. « Il a montré ses limites », tranche Tshisekedi, sans l’enterrer. Joseph Nye rappelait : « Les institutions internationales ne disparaissent pas, elles se transforment. » Ici, la transformation devient impératif. Le multilatéralisme n’est plus rejeté, il est sommé de muter.
Les régions, nouvelles boussoles du monde
Face à l’inertie globale, les régions émergent comme centres de gravité. Rapidité, proximité, connaissance des réalités : autant d’atouts soulignés par Tshisekedi. Barry Buzan écrivait : « La sécurité est d’abord régionale avant d’être globale. » L’Afrique centrale, avec ses dynamiques propres, incarne cette bascule vers une diplomatie enracinée.
Lobito, artère d’une paix économique
Au cœur du plaidoyer : le corridor de Lobito, symbole d’une intégration par l’économie. Ce projet relie production et marchés, intérêts et stabilité. Paul Collier le souligne : « Le développement économique est le meilleur antidote aux conflits. » La paix ne se négocie plus seulement, elle se construit par les flux et les échanges.
Distance globale, proximité salvatrice
Le chef de l’État dénonce une diplomatie mondiale parfois déconnectée : lente, distante, abstraite. À l’inverse, l’ancrage régional permet une lecture fine des crises. Amartya Sen affirmait : « Les solutions efficaces naissent de la compréhension locale des problèmes. »
Entre global et local, l’équilibre devient la clé.
À Antalya, Tshisekedi ne se contente pas de critiquer : il redessine une architecture du monde. Un multilatéralisme enraciné, irrigué par les régions, capable d’agir sans se dissoudre. Comme le disait Raymond Aron : « Les grandes idées politiques survivent en se transformant. »
Et dans ce monde incertain, une certitude s’impose, presque vertigineuse : l’avenir ne se décidera plus uniquement dans les grandes capitales, mais dans ces régions où se joue, silencieusement, l’équilibre du monde.
Didier BOFATSHI