Une police judiciaire en reconstruction
La formation OPJ PNC s’est achevée ce lundi 20 juillet 2026 à Kananga, au Kasaï Central, après 19 jours d’apprentissage consacrés au renforcement des compétences judiciaires des policiers. Organisée à la Maison du Barreau de Kananga, cette session a réuni plus de 60 agents, dont 10 femmes, dans le cadre de la réforme de la Police nationale congolaise (PNC).
Selon les informations rapportées par la Radio télévision nationale congolaise (RTNC), cette initiative a été organisée par le Commissariat provincial de la PNC au Kasaï Central avec l’appui technique et financier du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), à travers le Programme conjoint d’appui à la réforme de la PNC en RDC (2024-2028).
Durant cette période, les participants ont été formés sur la rédaction des procès-verbaux, les techniques d’enquête, l’analyse criminelle, la déontologie policière, les infractions économiques et financières ainsi que la prise en charge des violences basées sur le genre.
Le droit comme nouvelle arme des OPJ
Au-delà d’un simple recyclage professionnel, cette formation traduit une volonté de transformer la police judiciaire congolaise en une institution davantage structurée autour de la compétence et de la responsabilité.
« À l’issue de la formation, les OPJ formés sont aujourd’hui capables de rédiger les procès-verbaux conformément aux prescrits de l’ordonnance 78-289 du 3 juillet 1978 », a déclaré maître Alain Kateta Buanga, chef de bureau du PNUD au Kasaï Central.
Selon lui, les policiers ont également acquis de nouvelles connaissances sur l’analyse criminelle, la qualification des infractions économiques et financières ainsi que les exigences liées aux droits humains.
Cette évolution rappelle une réalité fondamentale : une police forte ne se mesure pas uniquement à sa capacité d’intervention, mais aussi à sa maîtrise du droit. Comme l’écrivait Montesquieu, « il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et exécutrice ». La compétence devient ainsi un rempart contre l’arbitraire.
La réforme policière face au défi du terrain
La cérémonie de clôture a réuni plusieurs autorités provinciales et partenaires institutionnels. Le Commissaire provincial de la PNC au Kasaï Central, le Commissaire général Manya, a salué l’engagement des bénéficiaires et des formateurs.
Cependant, il a également souligné l’ampleur du défi restant. Il a plaidé auprès de l’Assemblée provinciale afin qu’un plaidoyer soit porté au niveau national pour permettre à plus de 6.813 autres policiers d’accéder à des formations similaires.
Cette demande révèle l’un des grands enjeux de la réforme policière : passer d’initiatives ponctuelles à une transformation durable de toute la chaîne sécuritaire.
En effet, une police professionnelle repose sur trois piliers : la formation continue, l’encadrement institutionnel et l’application effective des règles éthiques. Sans ces éléments, les réformes risquent de rester limitées à des symboles.
Vers une police plus proche des citoyens
De son côté, le gouverneur du Kasaï Central, Moïse Kambulu Nkonko, a encouragé les lauréats à appliquer les connaissances acquises dans leurs missions quotidiennes. Il a insisté sur la nécessité d’une police au service de la population.
Ainsi, cette formation apparaît comme une pierre supplémentaire dans la construction d’une police républicaine, capable de répondre aux attentes sociales et judiciaires.
La lutte contre la corruption, la protection des victimes de violences basées sur le genre et le respect des libertés fondamentales deviennent désormais des indicateurs essentiels de la crédibilité policière.
Comme le rappelle Hannah Arendt, « le pouvoir correspond à l’aptitude de l’homme à agir de façon concertée ». Dans cette perspective, la professionnalisation des OPJ dépasse la seule question sécuritaire : elle touche à la consolidation de l’État de droit.
La formation OPJ PNC ouverte à Kananga pose donc une question centrale : la RDC pourra-t-elle transformer ces efforts locaux en une réforme nationale durable ? L’avenir de la police congolaise se jouera dans cette capacité à faire du savoir juridique non plus un simple outil administratif, mais le socle d’une confiance renouvelée entre l’État et les citoyens.
Didier BOFATSHI

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