Le cri dans la brume

À Goma, jeudi 18 juin, l’AFC/M23 a lancé une charge politique d’une rare intensité contre la médiation internationale et les partenaires du processus de paix. Dans une déclaration au ton offensif, son coordonnateur politique, Corneille Nangaa, a dénoncé ce qu’il qualifie de « silence assourdissant » face à la dégradation sécuritaire dans l’Est de la RDC, accusant indirectement la communauté internationale de laisser s’enliser une crise qui continue de faucher des vies.

Cette sortie intervient au lendemain des propos du président Félix Tshisekedi à Houston, aux États-Unis, où il a réaffirmé sa volonté de reprendre les zones contrôlées par la rébellion. Dans un contexte marqué par les négociations de Doha et les engagements diplomatiques de Washington, l’échange verbal révèle l’ampleur du fossé qui sépare encore les acteurs du conflit.

Quand le silence devient accusation

« Nous constatons ce silence assourdissant de la médiation et des partenaires au processus de paix, qui frise la complicité », a déclaré Corneille Nangaa. Pour l’AFC/M23, les médiateurs, les missions diplomatiques et les organisations internationales disposent pourtant d’informations détaillées sur la détérioration de la situation humanitaire, notamment dans les Hauts-Plateaux de Minembwe. Selon le mouvement, l’absence de réaction nourrit un sentiment d’impunité et favorise la poursuite des violences.

Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble ». À travers cette dénonciation, l’AFC/M23 cherche aussi à placer les médiateurs devant leurs responsabilités historiques.

Le gouffre entre la paix écrite et la guerre vécue

Le mouvement accuse également Kinshasa de compromettre les efforts diplomatiques en cours. « Le renforcement des dispositifs militaires et le déploiement continu de nouvelles forces sur le terrain sont antithétiques avec un processus de désescalade sincère », a soutenu Corneille Nangaa, affirmant que plusieurs engagements convenus n’ont toujours pas été appliqués.

Derrière ces accusations apparaît une réalité persistante : les avancées diplomatiques peinent à se traduire sur le terrain. Les accords progressent sur le papier tandis que les armes continuent de parler dans les collines de l’Est.

Les ombres d’une paix suspendue

Au-delà des déclarations, cette séquence met en lumière la bataille des récits qui accompagne désormais la guerre. Chaque camp tente d’imposer sa vérité, tandis que les populations civiles demeurent prisonnières d’un conflit dont l’issue reste incertaine.

« Nous refusons que les souffrances des populations de l’Est du Congo soient traitées comme une tragédie périphérique », a insisté le coordonnateur politique de l’AFC/M23.Cette phrase résume peut-être l’enjeu central : la   nécessité de replacer l’humain au cœur des négociations.

Car aucune victoire militaire ou diplomatique ne pourra effacer les blessures d’une région meurtrie. « La paix n’est pas l’absence de guerre, mais une vertu », enseignait Baruch Spinoza. Dans l’Est de la RDC, cette vertu reste encore à conquérir, tandis que le silence, lui, continue de résonner comme un fracas.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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