
La terre qui se vide
Au Nord-Kivu, la guerre continue de déplacer les hommes, mais aussi l’économie. Dans son rapport publié à la mi-juin 2026 sur la situation arrêtée à fin mai, OCHA révèle qu’au moins 1,83 million de personnes demeurent déplacées dans cette province de l’Est de la RDC. En Ituri, près de 999 000 autres ont également fui les violences. Malgré une accalmie relative et un cessez-le-feu officiellement en vigueur entre la RDC et le M23, les combats persistent à Masisi, Walikale, Rutshuru et Beni, tandis que les attaques des ADF continuent d’alimenter l’insécurité.
Quand les fusils ferment les marchés
Derrière les colonnes de déplacés se cache une autre guerre, plus silencieuse. Chaque village abandonné est un champ qui cesse de produire. Chaque famille déracinée est un marché qui s’éteint. L’insécurité devient ainsi une arme économique qui ralentit la production, perturbe les échanges et fragilise les moyens de subsistance.
OCHA alerte : « Les violences armées continuent de générer des besoins humanitaires critiques et d’accroître les risques d’extension de l’insécurité vers les zones d’accueil. »
L’ombre d’Ebola sur les cendres
À cette crise sécuritaire s’ajoute une menace sanitaire. L’agence onusienne prévient que « l’extension de l’épidémie d’Ebola au Nord-Kivu risque d’aggraver la situation humanitaire ». Une alerte qui fait craindre une superposition des crises dans une région déjà éprouvée.
Comme le rappelait Amartya Sen : « Le développement consiste à accroître les libertés réelles dont jouissent les êtres humains. » Or, la guerre retire d’abord la liberté de vivre, de produire et d’espérer.
La résilience contre la tempête
Malgré tout, plus de 2,32 millions de personnes ont regagné leurs localités et 440 000 autres ont reçu une assistance en eau, hygiène et assainissement. Ces chiffres témoignent d’une résistance remarquable face à l’adversité.
Mais l’enjeu dépasse l’urgence humanitaire. Il concerne la survie économique de territoires entiers. Car la paix ne se mesure pas seulement par le silence des armes, mais par le retour des récoltes, des écoles et des marchés. Comme l’écrivait Albert Camus : « La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent. » Pour l’Est congolais, l’avenir commence par la sécurité, la dignité et la reconstruction.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime
