
Le sang sur l’asphalte
Deux morts, des dizaines de blessés, plusieurs arrestations et de graves interrogations sur l’état des libertés publiques. Tel est le bilan dressé par Justice et Paix Congo (JPC) après le sit-in organisé le 12 juin 2026 par la Coalition Article 64 (C64) à Kinshasa contre le projet de révision constitutionnelle. Dans un rapport signé par Mgr Donatien N’shole, l’organe technique de la CENCO évoque un « usage disproportionné de la force » et met en cause des éléments de la Force du progrès dans plusieurs violences survenues aux abords du Palais du peuple. Au-delà des chiffres, c’est la santé démocratique de la République Démocratique du Congo qui se retrouve sous les projecteurs.
Quand la rue devient un tribunal
Le document affirme qu’« au moins deux manifestants ont été tués », dont l’un par balle et l’autre lors de l’attaque du siège de l’ECIDE. Selon les moniteurs déployés à travers la capitale, « plusieurs dizaines de personnes ont été blessées » tandis que « quelques dizaines » ont été interpellées.
Cette violence rappelle la célèbre mise en garde de Montesquieu : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. » Derrière chaque victime apparaît une question plus vaste : celle de la protection effective des droits fondamentaux dans une démocratie en construction.
L’Église face aux ombres du pouvoir
À travers Justice et Paix Congo, l’Église catholique reprend son rôle historique de sentinelle morale. Le rapport dénonce la présence présumée d’éléments de la Force du progrès aux côtés des forces de sécurité et recommande leur « neutralisation », les qualifiant de structure opérant « comme une milice ».
Cette prise de position dépasse le simple cadre politique. Elle touche à la doctrine sociale de l’Église, fondée sur la défense de la dignité humaine. Comme l’écrivait saint Augustin : « Sans la justice, les États ne sont que de grandes bandes de brigands. »
La bataille cachée de la Constitution
En toile de fond se profile le débat sur l’article 220 de la Constitution. La C64 soupçonne une volonté de modifier certaines dispositions verrouillées afin de prolonger l’exercice du pouvoir présidentiel. La majorité rejette catégoriquement cette lecture et invoque l’adaptation des institutions aux réalités nationales.
Ainsi, le véritable affrontement ne se déroule pas seulement dans les rues de Kinshasa. Il se joue également autour du récit de l’avenir politique du pays, entre exigences de stabilité, aspirations démocratiques et quête de souveraineté.
Le souffle fragile de la démocratie
Dans sa conclusion, Justice et Paix Congo rappelle que « les libertés publiques sont pour toute démocratie ce que le sang est pour le corps humain ». Cette formule résonne comme un avertissement. Une nation peut survivre aux crises politiques ; elle survit difficilement à l’érosion progressive de ses libertés.
« La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement », écrivait Rosa Luxemburg. À Kinshasa, cette réflexion prend aujourd’hui une dimension particulière. Car lorsque la rue saigne, c’est la conscience nationale tout entière qui est appelée à répondre à l’épreuve de la démocratie.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime
