
Quand la confiance devient le premier remède
BUNIA, 15 juin 2026. Un mois après la déclaration de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo, la riposte avance, mais se heurte encore à un adversaire invisible : la méfiance. Alors que 808 cas confirmés et 192 décès ont été enregistrés, plus de 50 patients ont déjà quitté les centres de traitement guéris. Pourtant, dans les zones touchées de l’Ituri, la résistance communautaire continue d’alimenter les chaînes de transmission.
Mungwalu, le cœur brûlant de la tempête
Épicentre de l’épidémie, Mungwalu demeure le foyer le plus critique. « Mungwalu reste toujours le point le plus chaud et le plus critique de l’épidémie », a déclaré le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, lors d’un briefing coanimé avec le ministre de la Communication, Patrick Muyaya.
L’épidémie s’est désormais propagée dans 31 zones de santé réparties entre l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Cependant, les autorités soulignent que la situation reste largement concentrée en Ituri.
Le virus de la peur
Au-delà des chiffres, un autre combat se joue dans les villages. Certaines familles refusent encore le suivi sanitaire, tandis que des croyances persistantes présentent Ebola comme une maladie mystique ou inventée. « Ce n’est pas une maladie inventée », a insisté Samuel Roger Kamba. « Vous avez près de 80 % de chances de guérir si vous venez tôt. »
Cette affirmation rappelle la pensée d’Albert Camus : « Le moyen de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté. » Face à Ebola, l’honnêteté consiste à reconnaître le danger sans céder à la peur.
Les rites face à la science
Les enterrements traditionnels demeurent l’un des principaux vecteurs de contamination. Certaines équipes de santé sont parfois repoussées par des communautés attachées à leurs pratiques funéraires.
Conscient de cet enjeu, le gouvernement appelle les chefs coutumiers à devenir les ambassadeurs de la prévention. Plus de 1 200 relais communautaires ont déjà été formés pour renforcer la surveillance de proximité et améliorer le suivi des contacts, actuellement limité à 63 %, loin de l’objectif de 95 %.
La bataille décisive
L’OMS alerte sur une possible sous-estimation de l’ampleur réelle de l’épidémie. Dans une région fragilisée par l’insécurité et les déplacements de populations, la victoire dépend désormais autant de la médecine que de la confiance collective.
« La santé est une vérité du corps dans un milieu donné », écrivait Georges Canguilhem. En Ituri, cette vérité prend aujourd’hui la forme d’un défi national : convaincre pour sauver. Car la lutte contre Ebola ne se gagnera pas seulement dans les centres de traitement, mais aussi dans les consciences.
Didier BOFATSHi

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