
Une épidémie combattue autant dans les hôpitaux que dans les esprits
BUNIA, 30 mai 2026. La lutte contre la 17ᵉ épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo se heurte à un obstacle majeur : la résistance communautaire nourrie par des croyances locales et une méfiance persistante envers les dispositifs sanitaires. Selon les informations publiées par l’ACP et consultées par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, le ministre de la Santé, Roger Kamba, a alerté vendredi à Bunia sur les difficultés rencontrées par les équipes de riposte dans la province de l’Ituri, épicentre actuel de la flambée épidémique.
Quand la peur redéfinit la maladie
Face à la presse, après une rencontre avec les députés provinciaux, le ministre a expliqué que plusieurs décès n’avaient pas été déclarés à temps aux services de santé, en raison d’interprétations culturelles et spirituelles de la maladie.
Dans plusieurs communautés, les familles attribuent les décès à des cas d’empoisonnement plutôt qu’à Ebola, retardant ainsi le recours aux structures médicales.
« Cette perception a conduit plusieurs familles à privilégier des remèdes traditionnels contre un prétendu poison plutôt que de se rendre dans les structures sanitaires », a déclaré Roger Kamba.
Cette dynamique complique considérablement la détection précoce des cas et réduit l’efficacité de la riposte sanitaire.
La mémoire des funérailles comme facteur de tension
Le ministre a également évoqué les croyances entourant les funérailles du premier patient décédé le 27 avril. Le cercueil utilisé, puis remplacé et incinéré, aurait selon certaines perceptions locales déclenché une forme de « vengeance mystique » affectant les personnes ayant participé à la cérémonie.
Ces représentations, bien que non médicales, influencent directement les comportements communautaires et freinent les interventions sanitaires.
Une épidémie enracinée dans l’histoire du pays
L’Ituri demeure l’épicentre de cette nouvelle vague épidémique qui touche également certaines zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ebola, apparu pour la première fois en 1976 à Yambuku, a marqué durablement l’histoire sanitaire du pays, avec des épisodes particulièrement meurtriers, notamment entre 2018 et 2020 dans l’Est.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), rappelle qu’il s’agit d’une souche génétiquement distincte, issue d’un réservoir animal, ce qui renforce la nécessité d’une réponse adaptée et rapide.
La science face aux résistances sociales
Au-delà de la dimension médicale, les autorités sanitaires insistent sur le rôle central de l’engagement communautaire. L’épidémie ne peut être contrôlée sans l’implication active des populations locales dans la surveillance et la déclaration des cas suspects.
Le renforcement des agents de santé communautaires apparaît ainsi comme un levier stratégique pour améliorer la détection précoce, la communication des risques et la sensibilisation.
Entre protocoles sanitaires et réalités du terrain
L’Organisation mondiale de la santé recommande des mesures strictes : hygiène des mains, utilisation de solutions hydroalcooliques, port d’équipements de protection pour les soignants, et encadrement rigoureux des pratiques funéraires par des équipes spécialisées.
Ces recommandations, bien que claires sur le plan scientifique, se heurtent parfois aux réalités sociales et culturelles des communautés touchées.
La bataille de la confiance
Dans cette nouvelle flambée, la lutte contre Ebola ne se limite plus à une question de moyens médicaux. Elle devient une bataille de confiance entre institutions sanitaires et populations locales.
Comme le rappelait l’anthropologue Paul Farmer : « Les maladies infectieuses suivent souvent les lignes de fracture sociales. »
En Ituri, la maîtrise de l’épidémie dépend désormais autant de la science que de la capacité à transformer les perceptions communautaires, afin de rapprocher la médecine des réalités culturelles et humaines des populations affectées.
Didier BOFATSHI

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