La RDC sort du silence
Le gouvernement congolais hausse le ton face à la résurgence d’Ebola en Ituri. Lors du point de presse tenu samedi 16 mai à Kinshasa sur la déclaration officielle de l’épidémie, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, a insisté sur l’expérience accumulée par la République démocratique du Congo après plusieurs flambées épidémiques, affirmant que le pays dispose des capacités nécessaires pour faire face à cette 17e épidémie liée à la souche Bundibugyo. Les autorités sanitaires ont déjà mobilisé les équipes de riposte ainsi que les partenaires internationaux, notamment l’OMS, présente à Bunia.
L’expérience congolaise comme bouclier
Face aux inquiétudes suscitées par l’absence de vaccin et de traitement spécifique contre la souche Bundibugyo, Kinshasa veut transformer son vécu sanitaire en arme stratégique. Samuel Roger Kamba a rappelé que la RDC possède une expertise unique dans la gestion des crises Ebola depuis la découverte du virus sur son territoire.
« La RDC après 17 épidémies mais surtout après la découverte de Ebola chez nous par le professeur Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, la RDC a les capacités, des connaissances mais aussi les moyens pour pouvoir répondre à cette épidémie », a déclaré le ministre devant la presse. Dans un contexte régional marqué par les violences armées et les déplacements massifs de populations, ce discours vise aussi à rassurer une opinion publique encore marquée par les précédentes vagues meurtrières.
La traque des contacts, priorité absolue
Le ministre de la Santé a également insisté sur la nécessité de retrouver rapidement tous les cas contacts afin de casser la chaîne de transmission dans les zones touchées. « Nous devons retrouver toutes les personnes qui ont été en contact avec les malades. Cela nous permet de faire le suivi, la traçabilité et le repérage pour pouvoir diagnostiquer rapidement mais aussi prévenir les contaminations », a expliqué Samuel Roger Kamba.
Derrière cette stratégie se joue une course contre le temps dans une province où l’insécurité complique les opérations sanitaires.
Le défi du virus sans vaccin
Le gouvernement reconnaît cependant l’ampleur des obstacles. Contrairement à la souche Zaïre, mieux maîtrisée, le variant Bundibugyo reste sans vaccin homologué ni traitement spécifique. « Nous avons aussi des défis matériels importants », a admis le ministre, précisant que le Centre des opérations d’urgences de santé publique coordonne déjà la riposte avec des équipes déployées sur le terrain.
Cette nouvelle flambée intervient moins de six mois après la fin de l’épidémie au Kasaï. Une répétition tragique qui rappelle la vulnérabilité persistante de l’est congolais face aux crises sanitaires. Comme l’écrivait Albert Camus dans La Peste : « Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme ; on se dit donc que le fléau est irréel. » Mais en Ituri, le virus, lui, est bien réel et la RDC veut prouver qu’elle a appris à lui résister.
Didier BOFATSHI

