Doha délocalisé, alliances recomposées : Ibalanky, l’ombre qui fracture les lignes dans les négociations AFC/M23

Le processus de Doha entre l’AFC/M23 et le gouvernement congolais reprend cette semaine en Suisse, délocalisé en raison des tensions au Moyen-Orient. La rébellion a transmis au ministre d’État qatari Mohammed Bin Abdel Aziz Al Khulaifi la liste de ses 12 délégués six négociateurs et six experts menée par René Abandi. Fait marquant : la présence de Claude Ibalanky Ekolomba, ancien proche du pouvoir, désormais associé à la délégation rebelle.

Diplomatie en exil, théâtre déplacé

De Doha à la Suisse, la négociation change de décor mais pas de tension. La guerre au Moyen-Orient impose ce déplacement, révélant une diplomatie contrainte, ballottée par des crises globales. « La politique internationale est un théâtre d’ombres », écrivait Raymond Aron et ici, les acteurs changent de scène sans quitter leur rôle.

Ibalanky, le pivot inattendu

L’apparition de Claude Ibalanky Ekolomba dans la délégation marque une rupture symbolique. Ancien ambassadeur itinérant nommé par Félix Tshisekedi, il s’affiche désormais comme expert auprès de l’AFC/M23. Lui qui évoquait récemment une « offre » à Corneille Nangaa franchit ici une ligne politique majeure, brouillant les frontières entre pouvoir et rébellion.

Négociation armée, légitimité disputée

Autour de René Abandi, la délégation de 12 membres incarne une stratégie structurée : négocier tout en consolidant une reconnaissance politique. « Tout pouvoir cherche à se faire reconnaître », rappelait Max Weber. En intégrant des profils issus de l’appareil d’État, l’AFC/M23 semble élargir son spectre d’influence.

Parcours croisés, loyautés fracturées

Ancien coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, puis initiateur du mouvement REPOP en soutien au pouvoir avant de contester des résultats électoraux, Ibalanky incarne une trajectoire politique sinueuse. Cette mobilité illustre ce que Zygmunt Bauman décrivait comme une « fluidité des engagements » où les alliances se recomposent au gré des intérêts et des crises.

La reprise du processus en Suisse s’ouvre sous le signe de la recomposition politique. Entre négociation et repositionnement, chaque acteur redéfinit son rôle. « Les alliances changent, les intérêts demeurent », écrivait Charles de Gaulle une maxime qui trouve ici un écho troublant.

Et dans les couloirs feutrés de la diplomatie, une vérité persiste : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », rappelait Carl von Clausewitz mais à Doha comme en Suisse, la politique elle-même semble désormais une guerre sans uniforme.

Didier BOFATSHI / VFI7, voltefaceinfos7.com

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