Le désaccord entre le pouvoir et la Coalition Article 64 (C64) ne porte pas seulement sur la tenue du Dialogue national en RDC. Il concerne aussi sa méthode, son architecture et, surtout, le point de départ de la consultation.

Le président Félix Tshisekedi a annoncé, le 27 août 2026, un processus devant commencer dans les 26 provinces, avant de se poursuivre par des assises nationales à Kinshasa. La C64 défend, de son côté, un dialogue à caractère politique, inclusif et placé sous une médiation qu’elle souhaite neutre.

Deux conceptions se confrontent ainsi : un dialogue qui remonte des territoires vers Kinshasa et une négociation davantage structurée autour des forces politiques.

Le format territorial comme point de départ

Dans son adresse à la nation du 27 août, Félix Tshisekedi a assumé le choix du format territorial du dialogue national en RDC.

« Ce Dialogue national se distinguera d’abord par son ancrage territorial : il ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés. Ainsi, les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays », a-t-il déclaré.

Le dispositif annoncé doit associer autorités locales, élus, acteurs politiques, société civile, autorités coutumières, confessions religieuses, milieux économiques et universitaires.

La logique est claire : faire remonter la parole du pays avant de rechercher un compromis national.

Dans un État aussi vaste que la RDC, cette approche permettrait théoriquement de tenir compte de réalités qui diffèrent fortement d’une province à l’autre, notamment sur les plans sécuritaire, économique et social.

La C64 défend une autre architecture

La C64 place davantage le curseur sur la dimension politique du Dialogue. Elle réclame un processus inclusif, conduit sous une médiation neutre et susceptible de réunir les principaux protagonistes de la crise.

La divergence avec le pouvoir est donc moins une opposition entre dialogue et absence de dialogue qu’un désaccord sur la manière de construire sa légitimité.

Pour Tshisekedi, cette légitimité doit partir de la base territoriale et remonter vers les assises nationales.

Pour la C64, elle passe davantage par une négociation politique entre les forces concernées par la crise.

La métaphore permet de saisir la différence : le pouvoir veut faire remonter la rivière depuis ses affluents provinciaux vers Kinshasa ; la C64 veut d’abord réunir les principaux acteurs autour de la table nationale.

La question de la représentativité

Le format territorial présente un avantage évident : il élargit potentiellement la consultation au-delà des appareils politiques.

Mais il soulève une question décisive : qui choisit les participants et comment les contributions provinciales seront-elles sélectionnées, synthétisées puis intégrées aux discussions nationales ?

Inviter plusieurs catégories d’acteurs ne suffit pas, à lui seul, à garantir l’inclusivité.

La crédibilité du processus dépendra aussi des règles de participation, de la transparence du recueil des propositions et de la possibilité, pour les différents courants, d’exprimer librement leurs positions.

C’est précisément sur ce terrain que le format territorial peut être à la fois une force et une source de contestation.

Une crise qui dépasse les partis

La crise congolaise ne se limite toutefois pas aux rapports entre formations politiques.

Les populations déplacées, les communautés touchées par les violences, les autorités locales, les organisations de la société civile et les acteurs économiques subissent directement les conséquences des crises nationales.

La démarche territoriale peut donc apporter au Dialogue une matière que les seules négociations entre responsables politiques risqueraient de laisser en marge.

Cette conception rejoint, sur le plan théorique, une réflexion de Hannah Arendt sur la politique comme espace où les citoyens apparaissent les uns aux autres pour participer à la vie publique. L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir qui négocie, mais aussi qui peut prendre part à la définition du problème national.

La référence arendtienne ne tranche toutefois pas automatiquement entre Tshisekedi et la C64. Elle conduit plutôt à poser un critère : un Dialogue national gagne en légitimité lorsque ceux qui vivent la crise peuvent réellement contribuer à la recherche de solutions.

Kinshasa : point de départ ou point d’aboutissement ?

Le choix annoncé par Félix Tshisekedi inverse la logique d’un dialogue organisé directement dans la capitale. Kinshasa doit devenir l’aboutissement d’une consultation menée dans les provinces, les territoires et les communautés.

Mais cette architecture ne sera crédible que si la consultation territoriale produit une véritable matière politique et sociale, et non une simple étape administrative.

À l’inverse, un dialogue principalement centré sur les forces politiques pourrait faciliter la négociation des rapports de pouvoir, mais risquerait de réduire la dimension nationale de la crise à ses seuls protagonistes institutionnels et politiques.

Le véritable enjeu est donc moins de choisir entre « dialogue territorial » et « dialogue politique » que de déterminer comment les deux dimensions peuvent s’articuler.

Le format territorial du Dialogue national en RDC peut donner une profondeur populaire au processus ; la négociation politique peut lui donner une capacité de décision. La question centrale reste alors celle de leur articulation.

Le 15 septembre marque ainsi une nouvelle étape dans cette confrontation de méthodes : le pouvoir entend faire entrer le Dialogue dans une phase de consultations territoriales, tandis que la C64 continue de contester l’architecture du processus et ses conditions de légitimité.

Voltefaceinfos7.com

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