Les braises du consensus
La Conférence Nationale Episcopale du Congo (CENCO) a rencontré, samedi 18 juillet à Kinshasa, les responsables de la Coalition Article 64 afin de poursuivre les consultations sur le projet de dialogue national inclusif évoqué la veille avec le président Félix Tshisekedi. Cette initiative intervient dans un climat marqué par la guerre dans l’Est, les tensions politiques internes et la recherche d’un nouveau compromis national.
Dialogue national RDC : la CENCO sonde l’opposition pour une sortie de crise
Le dialogue national RDC franchit une nouvelle étape. Au lendemain de son audience avec le président Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, la CENCO a poursuivi ses consultations en recevant les responsables de la Coalition Article 64 (C64), plateforme de l’opposition favorable à une concertation nationale.
Selon des informations rapportées par Actualité.cd et recoupées avec la communication officielle de la Présidence congolaise, cette rencontre a été conduite sous la coordination du cardinal Fridolin Ambongo. Elle visait à informer l’opposition de la teneur des échanges intervenus vendredi avec le chef de l’État autour des contours d’un futur dialogue inclusif.
Quand la crise appelle la palabre nationale
L’initiative intervient alors que la République démocratique du Congo traverse une séquence particulièrement délicate. La persistance de l’insécurité dans l’Est, les divergences politiques internes et les interrogations sur la gouvernance ont progressivement érodé la confiance entre les principaux acteurs institutionnels.
La C64 plaide depuis plusieurs mois pour un cadre de discussions capable d’examiner les causes profondes de la crise. Le dialogue envisagé ne vise donc pas uniquement les enjeux sécuritaires. Il ambitionne également de répondre aux fractures politiques et institutionnelles qui traversent le pays.
« La paix n’est pas l’absence de conflit, mais la capacité à le gérer », écrivait le sociologue Raymond Aron. Cette formule semble résumer l’esprit des consultations engagées à Kinshasa.
L’Église au centre du jeu politique
En se positionnant comme facilitatrice, la CENCO réaffirme son rôle historique de médiateur dans les grands moments de tension nationale. Ce retour au premier plan révèle, en creux, les limites des mécanismes institutionnels classiques dans la production d’un consensus durable.
L’implicite est puissant. Le recours aux confessions religieuses traduit la nécessité de rechercher une légitimité morale complémentaire à la légitimité politique. Il suggère également que la crise congolaise est devenue, au-delà des armes et des rivalités partisanes, une crise de confiance.
Vendredi, le cardinal Fridolin Ambongo avait appelé « toutes les forces politiques » à accompagner ce processus, précisant que ses modalités seraient définies progressivement afin de favoriser le retour de la paix et le renforcement de la cohésion nationale.
Entre espoir et inconnues
Pour l’heure, aucun calendrier ni mécanisme précis n’ont été rendus publics. Cette absence de contours alimente autant l’espérance que les interrogations.
L’enjeu est désormais de savoir si ce dialogue national RDC débouchera sur une véritable refondation politique ou s’il constituera un simple instrument de gestion des tensions.
Comme le rappelait Paul Ricœur, « la démocratie est le régime dans lequel les conflits sont négociés ». À Kinshasa, la palabre politique reprend ses droits. Reste à savoir si elle parviendra à transformer les fractures du présent en fondations d’un nouveau pacte national.
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Didier BOFATSHI

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