Le miroir des promesses

L’annonce de l’adhésion de Félix Tshisekedi au principe d’un dialogue inclusif, à l’issue de son échange avec les confessions religieuses le 17 juillet à la Cité de l’Union africaine de Kinshasa, continue de redessiner le paysage politique congolais. Si le PPRD salue cette ouverture, il exige néanmoins des garanties, rappelant que l’histoire politique de la RDC demeure marquée par des dialogues aux résultats souvent inachevés.

Le dialogue inclusif est désormais au centre du débat politique congolais. L’information, consultée sur la page officielle de la Présidence de la République, confirme une inflexion importante du pouvoir face aux appels répétés de la classe politique, de la société civile et de plusieurs partenaires internationaux.

Cependant, au-delà de l’annonce, une interrogation plus profonde surgit : ce dialogue sera-t-il un véritable instrument de refondation nationale ou un simple espace de gestion des tensions ?

Les cicatrices de l’histoire

La prudence du PPRD ne relève pas du hasard. Elle puise ses racines dans une mémoire politique lourde. Des concertations nationales de 2013 à l’Accord de la Saint-Sylvestre de 2016, la RDC a souvent multiplié les cadres de discussions sans parvenir à transformer durablement les consensus en réformes.

L’écrivain George Santayana avertissait : « Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. » Cette formule résonne aujourd’hui avec une acuité particulière. En RDC, les dialogues ont souvent produit des textes ambitieux mais des applications fragiles.

L’enjeu n’est donc plus l’organisation des assises. Il réside dans la crédibilité de leur architecture : participants, calendrier, mécanismes de suivi et garanties de mise en œuvre.

Le poids des non-dits

Derrière le mot « inclusif » se cache une bataille plus discrète. Qui siègera autour de la table ? Quels sujets seront considérés comme négociables ? Quels acteurs seront écartés ?

En politique, les silences sont parfois plus éloquents que les déclarations. Comme l’écrivait Albert Camus, « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». L’absence actuelle de précisions alimente ainsi les soupçons.

Le dialogue apparaît également comme une reconnaissance implicite d’une réalité : aucune force politique ne peut désormais prétendre résoudre seule les multiples crises qui secouent le pays.

Le temps des preuves

Le président Félix Tshisekedi joue une partie importante de son héritage politique. Une réussite pourrait ouvrir une nouvelle séquence de décrispation nationale. Un échec, en revanche, renforcerait davantage la défiance envers les institutions.

Le philosophe Paul Ricœur rappelait que « la confiance est une mémoire du futur ». Cette confiance ne se décrète pas ; elle se construit par des actes.

La véritable question n’est donc plus celle de l’ouverture du dialogue inclusif. Elle concerne sa sincérité. Car en RDC, les citoyens ne demandent plus seulement des promesses. Ils attendent des garanties.

Et comme l’écrivait Montesquieu, « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir ». Entre l’espérance d’un nouveau départ et le risque d’un rendez-vous manqué, le pays avance ainsi sur une ligne de crête, là où les mots devront enfin céder la place aux preuves.

Didier BOFATSHI

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