Entre la rue et la table des négociations
À quelques jours de la marche annoncée par la plateforme de l’opposition C64, la CENCO et l’ECC ont poursuivi leurs consultations en rencontrant, samedi 18 juillet 2026 à l’Archevêché de Kinshasa, les responsables de cette coalition politique. L’objectif est d’obtenir un accord de principe pour le report de cette mobilisation afin de créer un climat favorable à l’ouverture du dialogue inclusif annoncé par le président Félix Tshisekedi.
Selon les informations rapportées par Yabisonews, cette initiative s’inscrit dans la dynamique de concertations engagée par les deux principales confessions religieuses du pays en vue de préparer le futur dialogue inclusif.
Les Églises au chevet de la paix civile
En République démocratique du Congo, les grandes crises politiques ont souvent trouvé leurs premiers espaces de médiation dans les institutions religieuses. En sollicitant le report de la marche de la C64, la CENCO et l’ECC tentent d’éviter que la rue ne précède les discussions et ne complique davantage un processus encore fragile.
Cette démarche traduit une conviction : aucun dialogue ne peut prospérer dans un climat de confrontation permanente.
Comme l’écrivait Hannah Arendt, « le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble ». Les deux Églises semblent ainsi vouloir replacer le consensus au cœur de la vie politique congolaise.
La rue comme levier de négociation
Le report éventuel de la marche ne constitue pas seulement un geste d’apaisement. Il représente également un test de confiance entre l’opposition et les médiateurs religieux.
Derrière cette demande apparaît une dimension plus discrète : la nécessité de suspendre momentanément les rapports de force pour ouvrir un espace de discussion.
En politique, le calendrier est souvent un instrument de pouvoir. Retarder une manifestation peut être perçu comme une concession, mais aussi comme une opportunité de réorganiser les équilibres politiques avant les futures négociations.
Le philosophe Paul Ricœur rappelait que « la paix n’est pas l’absence de conflit, mais la capacité de le gérer ». C’est précisément cet exercice délicat qui se dessine aujourd’hui.
L’épreuve de la confiance
Cette initiative révèle également la fragilité du processus naissant. Le futur dialogue inclusif reste encore dépourvu de contours précis : composition des participants, calendrier, garanties institutionnelles et mécanismes de suivi demeurent largement inconnus.
L’implication de la CENCO et de l’ECC apparaît dès lors comme une tentative de construire progressivement un capital de confiance entre des acteurs profondément divisés.
Comme l’écrivait Léopold Sédar Senghor, « le dialogue est l’arme des peuples libres ». Toutefois, l’histoire politique congolaise enseigne que le succès d’un dialogue dépend moins de son annonce que de la sincérité de ses engagements.
Entre les aspirations de la rue et les exigences du compromis, la RDC se trouve ainsi à un moment charnière. Le report éventuel de la marche de la C64 pourrait constituer le premier acte concret d’une décrispation politique ou, au contraire, révéler les limites d’un consensus encore embryonnaire.
Didier BOFATSHI

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