La Gécamines franchit un cap historique. L’entreprise publique congolaise a signé, le 17 février 2026, un accord avec le géant anglo-suisse Glencore permettant à Kinshasa de commercialiser directement une partie du cuivre extrait dans le sud du pays, notamment via la Kamoto Copper Company, active près de Kolwezi. Objectif affiché : vendre 200 000 tonnes cette année.
Du sous-sol au marché : changement de paradigme
Jusqu’ici, l’essentiel de la commercialisation était assuré par les partenaires privés. Désormais, 110 000 tonnes issues de Kamoto seront réservées à la Gécamines, qui a créé sa propre filiale de trading. Une première opération de 100 000 tonnes à destination des États-Unis a déjà été formalisée avec un opérateur chinois.
Ce tournant marque un repositionnement stratégique : capter davantage de valeur ajoutée. Comme l’écrivait David Ricardo, « la richesse d’une nation dépend de la manière dont elle exploite ses ressources ». En internalisant une partie du négoce, la RDC cherche à transformer son avantage géologique en levier économique.
Washington, sécurisation et métal rouge
Cette évolution s’inscrit dans un contexte géopolitique précis : les États-Unis cherchent à sécuriser leur approvisionnement en minerais critiques. Les cours du cuivre ont progressé d’environ 40 % l’an dernier, reflet d’une demande mondiale soutenue. Washington soutient financièrement l’entrée de Kinshasa dans la commercialisation directe, dans le cadre d’un accord plus large sur les minerais.
Pour Adam Smith, « la consommation est l’unique fin et le seul but de toute production ». Or, dans une économie mondiale en transition énergétique, le cuivre est devenu l’artère des réseaux électriques et des technologies vertes. La RDC se place au cœur de cette chaîne de valeur.
Souveraineté contre concessions
En parallèle, Kinshasa a accepté de céder des terres supplémentaires à la filiale de Glencore à Kamoto, permettant d’augmenter la production annuelle de 190 000 à 300 000 tonnes. Le compromis est clair : plus de contrôle commercial en échange d’une expansion industrielle.
Jean-Baptiste Say rappelait que « les produits s’échangent contre des produits ». Ici, la RDC échange accès foncier contre capacité de marché. L’enjeu : éviter la « malédiction des ressources » décrite par l’économiste Richard Auty, où l’abondance minérale ne se traduit pas en prospérité durable.
En reprenant partiellement la main sur la commercialisation de son cuivre, la Gécamines teste une nouvelle doctrine économique : souveraineté active, mais partenariats maintenus. Reste à convertir l’ambition en performance budgétaire et en développement inclusif.
Comme le notait Joseph Schumpeter, « le développement économique est un processus de destruction créatrice ». À la RDC de prouver que cette création bénéficiera à la nation tout entière, et pas seulement aux chiffres d’exportation.
RFI / voltefaceinfos7.com