Le juge au cœur de la tempête
Intervenant ce mardi lors du Space live organisé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’opposant Delly Sesanga a une nouvelle fois rejeté la légitimité de la Cour constitutionnelle. Cette déclaration intervient alors que le président Félix Tshisekedi a saisi cette même juridiction au sujet de la loi référendaire, ouvrant une nouvelle phase de tensions politiques autour de la confiance dans les institutions de la République.
La Cour constitutionnelle revient ainsi au centre du débat politique en RDC. En contestant son autorité, Delly Sesanga ne critique pas seulement une institution. Il remet aussi en question la capacité de l’État à garantir un arbitrage accepté par tous les acteurs politiques.
« Politiquement parlant, cette Cour, calibrée par Monsieur Tshisekedi pour être aux ordres, nous n’attendons rien de cette Cour », a déclaré l’opposant lors de cet échange en ligne.
Cette sortie intervient quelques semaines après le discours à la Nation de Félix Tshisekedi. Le chef de l’État avait alors annoncé avoir transmis la loi référendaire à la Cour constitutionnelle afin qu’elle vérifie sa conformité avec la Constitution, conformément à l’article 160, alinéa 3. Cette information a été publiée sur la page officielle de la Présidence de la République.
Quand la justice devient un enjeu politique
Le débat dépasse aujourd’hui le simple cadre juridique. Il touche directement à la confiance accordée aux institutions.
Pour Delly Sesanga, la Cour constitutionnelle aurait été mise en place de manière irrégulière. Selon lui, ses décisions ne peuvent donc engager ni l’opposition ni la plateforme C64. Il estime également que tous les responsables publics, du président de la République aux juges, doivent agir dans le strict respect de la loi.
Ces déclarations traduisent une crise plus profonde. Lorsqu’une partie importante de la classe politique ne reconnaît plus l’autorité de l’arbitre, c’est tout le fonctionnement institutionnel qui se fragilise.
Le philosophe Montesquieu rappelait déjà que « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que le pouvoir arrête le pouvoir ». Encore faut-il que les institutions chargées de cette mission inspirent confiance.
Une crise qui reste sous tension
La prise de position de Delly Sesanga intervient également dans un contexte marqué par le report de la marche annoncée par la C64.
L’opposant a appelé ses partisans à la patience. Toutefois, il a averti que le peuple congolais pourrait réagir en cas de nouvelles provocations politiques.
Dans le même temps, il a insisté sur le rôle de la médiation menée par les Églises et certains chefs d’État de la région. Pour lui, la recherche d’une solution politique ne peut se faire en une seule étape.
Cette position montre que l’opposition cherche à maintenir la pression tout en laissant la porte ouverte au dialogue.
La confiance, principal défi
Depuis plusieurs années, la Cour constitutionnelle joue un rôle central dans les grandes décisions politiques du pays. Plusieurs dossiers sensibles ont été tranchés par cette institution.
Cependant, les critiques répétées posent une question importante : comment assurer la stabilité politique lorsque l’institution chargée de dire le droit devient elle-même un sujet de contestation ?
Le sociologue Max Weber expliquait qu’une institution peut être conforme à la loi tout en étant contestée sur le plan politique. C’est précisément le défi auquel la RDC semble confrontée aujourd’hui.
Entre légalité et confiance
Au-delà de la controverse actuelle, le véritable enjeu reste celui de la confiance entre les institutions et les acteurs politiques.
Le président Félix Tshisekedi défend le respect des procédures prévues par la Constitution. De son côté, une partie de l’opposition met en doute l’impartialité de la Cour constitutionnelle.
Entre ces deux positions se joue une partie importante de l’avenir politique du pays.
Comme l’écrivait Paul Ricœur, « la démocratie n’est pas le régime du consensus, mais celui de la gestion pacifique des conflits ». La question est désormais de savoir si la RDC pourra préserver ce cadre de dialogue ou si la méfiance croissante envers les institutions continuera à alimenter les tensions politiques.
Didier BOFATSHI

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