Jean-Claude Vuemba dit aujourd’hui voir Joseph Kabila autrement. L’ancien opposant reconnaît les défauts de son ancien pouvoir, mais dit découvrir une autre personne. Cette évolution pose une question importante. Peut-on changer d’avis sur un ancien adversaire sans effacer les critiques faites contre son pouvoir ? Pour y répondre, il faut séparer l’homme, le président et son bilan.
Un nouveau regard sur Joseph Kabila
« Le Kabila que je fréquente à l’heure actuelle, ce n’est pas le Kabila que je vilipendais à cor et à cri. Son pouvoir, certes, avait beaucoup de méfaits, mais la personne de Kabila, je crois qu’il faudrait que les historiens en parlent. »
Jean-Claude Vuemba a tenu ces propos lors du Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala.
Cette déclaration montre un changement de regard. Vuemba dit ne plus voir Joseph Kabila comme il le voyait lorsqu’il était dans l’opposition.
Ce changement est possible. Un homme politique peut revoir son jugement. Il peut aussi découvrir des qualités chez un ancien adversaire.
Mais une question reste posée.
Est-ce que connaître autrement une personne permet de juger autrement son pouvoir ?
La réponse doit être prudente.
L’homme et le pouvoir ne sont pas la même chose
Jean-Claude Vuemba fait lui-même cette différence. Il parle de « la personne de Kabila » et de « son pouvoir ».
Cette distinction est importante.
Joseph Kabila peut avoir des qualités personnelles. Il peut être calme, disponible ou ouvert au dialogue. Ces qualités peuvent être découvertes avec le temps.
Mais un président ne dirige pas un pays comme un simple citoyen.
Lorsqu’il est au pouvoir, ses décisions touchent des millions de personnes. Il doit donc être jugé aussi sur ses actes publics.
C’est là que se trouve la différence entre l’homme Kabila et le président Kabila.
Un ancien opposant peut apprécier l’homme. Il peut même devenir son interlocuteur. Mais cela ne suffit pas pour effacer les critiques faites contre sa gouvernance.
Le pouvoir de Kabila doit aussi être jugé sur les faits
Joseph Kabila a dirigé la République Démocratique du Congo de 2001 à 2019.
Son long passage au pouvoir fait partie de l’histoire récente du pays.
Cette période a connu des moments importants. Il y a eu la fin de la transition, les élections de 2006 et celles de 2011. Le pays a aussi connu de fortes tensions politiques.
La question du respect de la Constitution a surtout marqué la fin de son règne.
Les élections prévues en 2016 n’ont pas eu lieu à cette date. Le retard électoral a provoqué une grave crise politique.
Des manifestations ont été organisées. Des opposants ont été arrêtés. Des organisations de défense des droits humains ont aussi dénoncé des restrictions contre les libertés publiques.
Ces faits doivent rester dans le débat.
Ils ne peuvent pas disparaître parce que certains anciens adversaires parlent aujourd’hui différemment de Joseph Kabila.
Que doivent dire les historiens ?
Jean-Claude Vuemba estime que les historiens doivent parler de la personne de Joseph Kabila.
Il a raison sur un point.
L’histoire doit chercher à comprendre les hommes dans toute leur complexité.
Mais les historiens ne devront pas seulement raconter le Kabila que Vuemba dit découvrir aujourd’hui.
Ils devront aussi étudier le président Kabila.
Ils devront regarder ses décisions. Ils devront étudier ses rapports avec les institutions. Ils devront examiner les élections. Ils devront écouter ses adversaires. Ils devront aussi entendre ceux qui l’ont soutenu.
Ils devront surtout comparer les récits avec les faits.
L’histoire ne doit pas dépendre d’une seule personne.
Elle doit s’appuyer sur les archives, les documents, les témoignages et les faits vérifiables.
Critiquer un président ne signifie pas détester un homme
Il faut aussi corriger une idée souvent présente dans le débat politique.
Un opposant ne doit pas forcément détester celui qu’il combat.
Son rôle est de critiquer les décisions du pouvoir. Il doit dénoncer ce qu’il considère comme mauvais. Il doit proposer une autre voie.
Ainsi, critiquer Joseph Kabila lorsqu’il était président ne signifie pas nécessairement détester Joseph Kabila comme personne.
Cette différence est importante pour la démocratie.
La politique peut être dure. Elle ne devrait pas devenir une guerre entre personnes.
Un ancien adversaire peut donc devenir un interlocuteur.
Mais le dialogue ne doit pas conduire à oublier les anciennes questions.
Le rapprochement ne doit pas effacer le bilan
Il est possible de se rapprocher d’un ancien adversaire.
C’est même parfois utile pour un pays.
Le dialogue peut réduire les tensions. Il peut aider à trouver des solutions. Il peut aussi permettre à des responsables politiques de dépasser leurs anciens conflits.
Mais il faut faire attention à une chose.
La réconciliation n’est pas la même chose que la réhabilitation.
Se parler ne signifie pas que tout était bien.
Se respecter ne signifie pas que les erreurs du passé doivent être oubliées.
Reconnaître les qualités d’un ancien président ne signifie pas non plus que toutes ses décisions étaient bonnes.
Cette nuance est importante pour éviter une nouvelle lecture trop simple de l’histoire congolaise.
Les institutions doivent compter plus que les hommes
Le débat sur Joseph Kabila permet aussi de poser une question plus large.
Pourquoi la politique congolaise parle-t-elle autant des hommes et si peu des institutions ?
La démocratie ne repose pas seulement sur la personnalité d’un président.
Elle repose sur la Constitution. Elle repose sur la justice. Elle repose sur le Parlement. Elle repose sur les élections. Elle repose aussi sur la liberté de la presse et les droits des citoyens.
Alexis de Tocqueville a beaucoup insisté sur le rôle des institutions dans la vie démocratique.
Son idée reste actuelle.
Un pays ne doit pas dépendre de la personnalité d’un seul dirigeant.
Les règles doivent être assez fortes pour s’appliquer à tous.
Amartya Sen : regarder les libertés des citoyens
L’économiste et penseur Amartya Sen a beaucoup travaillé sur la démocratie et les libertés.
Son approche permet de poser une question simple : qu’est-ce que le pouvoir permet réellement aux citoyens de faire et de dire ?
Cette question est importante pour juger n’importe quel gouvernement.
Il ne suffit donc pas de savoir si un président est sympathique ou difficile à approcher.
Il faut regarder les résultats de son action.
Les citoyens peuvent-ils parler librement ?
L’opposition peut-elle travailler ?
Les élections sont-elles crédibles ?
La justice peut-elle agir librement ?
Les institutions peuvent-elles contrôler le pouvoir ?
Voilà les questions qui doivent accompagner tout bilan présidentiel.
Le Kabila découvert par Vuemba ne peut pas devenir le seul Kabila de l’histoire
Jean-Claude Vuemba peut avoir découvert une autre facette de Joseph Kabila.
Son témoignage peut être intéressant.
Mais il reste un témoignage personnel.
Il ne peut pas remplacer le travail des historiens.
L’histoire devra regarder Joseph Kabila dans son ensemble.
Elle devra étudier l’homme.
Elle devra étudier le président.
Elle devra étudier son pouvoir.
Elle devra aussi étudier les conséquences de ses décisions.
C’est seulement ainsi que les Congolais pourront avoir une image équilibrée de cette période.
Une mémoire sans haine, mais aussi sans oubli
La RDC n’a pas besoin d’une histoire écrite avec la haine.
Elle n’a pas non plus besoin d’une histoire écrite avec la nostalgie.
Elle a besoin d’une histoire fondée sur les faits.
Un ancien président peut avoir des qualités personnelles. Il peut aussi avoir commis des erreurs politiques.
Les deux réalités peuvent exister en même temps.
C’est justement le rôle de l’histoire de les mettre ensemble.
George Santayana est souvent cité pour rappeler que l’oubli du passé expose les sociétés à répéter leurs erreurs.
Cette idée doit interpeller la RDC.
Changer de regard sur une personne est normal.
Changer les faits est autre chose.
La vraie question pour la mémoire politique congolaise
Le propos de Jean-Claude Vuemba ouvre donc un débat utile.
Il montre qu’un ancien adversaire peut devenir un interlocuteur.
Mais il rappelle aussi une règle simple : la personne ne doit pas faire disparaître le bilan du pouvoir.
Joseph Kabila doit pouvoir être étudié comme un homme.
Mais il doit aussi être étudié comme ancien président.
Les historiens devront donc regarder les deux dimensions.
Ils devront écouter ceux qui l’ont aimé.
Ils devront écouter ceux qui l’ont combattu.
Mais surtout, ils devront regarder les faits.
La RDC pourra-t-elle construire une mémoire politique assez forte pour reconnaître les qualités personnelles de ses anciens dirigeants sans oublier leurs responsabilités, leurs décisions et les conséquences de leur passage au pouvoir ?
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime
