Interrogé samedi 8 août lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, Jean-Claude Mvuemba a relancé une question sensible : l’alternance de 2018 a-t-elle pleinement respecté la souveraineté des électeurs congolais ? Ses propos, s’ils ont été fidèlement retranscrits, pourraient raviver le débat sur les conditions politiques de l’arrivée de Félix Tshisekedi au pouvoir.

Une déclaration qui interroge le verdict des urnes

En présentant Joseph Kabila comme « l’homme maestro » de l’alternance pacifique de 2018, tout en évoquant une situation où Martin Fayulu aurait été privé de la victoire, Mvuemba semble attribuer à l’ancien président un rôle déterminant dans l’issue du scrutin.

Cette lecture soulève une contradiction démocratique majeure.

Dans une démocratie, le pouvoir vient du vote. Le président sortant peut soutenir un candidat. Il peut négocier. Il peut favoriser une transition. Mais il ne peut, en principe, disposer du suffrage populaire comme d’un pouvoir personnel.

Ce que dit la Constitution congolaise

La Constitution du 18 février 2006 place la souveraineté du peuple au cœur du système politique. Elle consacre le principe d’élections libres, pluralistes, démocratiques, transparentes et crédibles.

Le choix du président relève donc du corps électoral et du cadre institutionnel prévu par la Constitution.

Aucune disposition ne donne au président sortant le pouvoir de désigner son successeur.

C’est là que le débat devient décisif.

Deux scénarios, une même question

Si Joseph Kabila avait reconnu un résultat différent de celui annoncé par la Commission Electorale Nationale Indépendante, son geste pourrait être interprété comme un choix politique destiné à préserver la stabilité nationale.

Mais une décision politique ne saurait, à elle seule, remplacer une procédure électorale.

À l’inverse, si des responsables avaient réellement connaissance d’une victoire de Martin Fayulu et avaient décidé de ne pas la reconnaître, l’enjeu serait beaucoup plus grave.

Il ne s’agirait plus seulement d’une alternance pacifique. Il faudrait alors s’interroger sur une éventuelle rupture entre le vote exprimé et le pouvoir finalement transmis.

Le véritable enjeu : qui détient la souveraineté ?

La question centrale est simple : en vertu de quelle règle constitutionnelle un président sortant pourrait-il choisir le président suivant ?

La réponse permettrait de mesurer la solidité démocratique de l’alternance de 2018.

George Santayana écrivait que ceux qui ne peuvent se souvenir du passé sont condamnés à le répéter. Cette réflexion prend ici une dimension institutionnelle.

La mémoire électorale n’est pas seulement historique. Elle protège aussi les règles du présent.

Des affirmations qui exigent des preuves

Il faut toutefois éviter de transformer une déclaration politique en vérité judiciaire.

Les propos rapportés de Jean-Claude Mvuemba ne suffisent pas, à eux seuls, à démontrer que Joseph Kabila aurait imposé un président contre le résultat réel du scrutin.

Une telle affirmation nécessiterait des preuves vérifiables : procès-verbaux électoraux, documents institutionnels, témoignages concordants et éléments permettant de reconstituer précisément les décisions prises en 2018.

L’histoire politique congolaise gagnerait donc à distinguer les faits établis, les témoignages et les interprétations.

2018 : alternance pacifique ou souveraineté électorale contestée ?

Le véritable débat dépasse désormais les personnes.

Il concerne la capacité des institutions congolaises à garantir que le pouvoir procède effectivement du vote.

Si les historiens doivent, comme le suggère Mvuemba, « en parler », ils devront examiner les faits avec rigueur, sans procès politique ni mémoire sélective.

En 2018, la RDC a-t-elle seulement réussi une alternance pacifique, ou doit-elle encore établir que cette alternance a pleinement reflété la souveraineté exprimée par les électeurs ?

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

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