CENI sous contraction : l’Église sonne l’alarme, la réforme Mandefu menace de politiser l’arbitre électoral

À Kinshasa, l’archevêque Dodo Kamba, président du Conseil interreligieux congolais, met en garde contre les propositions de lois du député Meschak Mandefu visant à réformer la Commission électorale nationale indépendante. Au cœur de la controverse : la remise en cause du rôle des confessions religieuses dans la désignation de son président. Entre mémoire des crises passées et exigence d’indépendance, le débat ravive les lignes de fracture du processus électoral congolais.

Quand l’arbitre vacille, la démocratie retient son souffle

« Sans institutions crédibles, il n’y a pas de démocratie », avertissait Robert Dahl. En ciblant la gouvernance de la CENI, les propositions Mandefu touchent au cœur du jeu démocratique. L’arbitre, s’il est contesté, fragilise toute la partie.

La mémoire du chaos comme boussole

« En 2011, nous avons vécu le chaos », rappelle Dodo Kamba. Le prélat convoque l’histoire pour éclairer le présent : retirer aux confessions religieuses ce rôle avait, selon lui, ouvert la voie à des dérives politiques. Une mémoire vive, utilisée comme rempart contre la répétition.

Dépolitiser pour exister, autonomiser pour crédibiliser

Les confessions religieuses plaident pour « la dépolitisation totale » de la centrale électorale. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument », écrivait Lord Acton. Derrière cette exigence : éviter que la CENI ne devienne l’extension d’intérêts partisans.

Réformer ou fragiliser : la ligne de crête

L’initiative de Meschak Mandefu se veut innovante, mais suscite la crainte d’un déséquilibre institutionnel. « Toute réforme est une prise de risque », dirait Edmund Burke. Entre modernisation et déstabilisation, la frontière reste ténue.

Au-delà d’un débat technique, c’est la confiance dans le système électoral qui se joue. La CENI, déjà contestée, pourrait voir sa légitimité davantage érodée si son indépendance venait à être perçue comme compromise.  « La démocratie repose sur la confiance », écrivait Alexis de Tocqueville. En RDC, cette confiance reste fragile et chaque réforme en devient une épreuve décisive.

Didier BOFATSHI

Okapi / VFI7, voltefaceinfos7.com

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