Beni : Derrière l’affichage d’une coordination, les aveux d’une sécurité fragmentée

À Beni, dans l’Est de la République démocratique du Congo, le chef de la MONUSCO, James Swan, a rencontré lundi 20 avril le gouverneur militaire Evariste Somo Kakule pour coordonner la riposte face aux violences persistantes des Forces démocratiques alliées. Cette initiative vise à renforcer la protection des civils dans une zone sous pression, où les attaques armées provoquent déplacements massifs et crise humanitaire prolongée.

D’emblée, le constat est posé. « Beni et les territoires environnants continuent de faire face à de graves menaces… », a déclaré James Swan, réaffirmant l’engagement de la mission onusienne à protéger les civils conformément à son mandat. La rencontre, qualifiée de « constructive », s’inscrit dans une tournée plus large au Nord-Kivu et en Ituri, visant à évaluer la situation sécuritaire et recueillir les préoccupations locales.

Mais derrière cette dynamique, une réalité s’impose : la nécessité d’une coordination élargie entre forces nationales, acteurs internationaux et communautés locales. « Cette protection exige une action coordonnée… au-delà de l’aspect militaire », insiste le chef de la MONUSCO, évoquant prévention, dialogue et lutte contre l’impunité. Malgré les opérations conjointes avec l’Ouganda, les Forces démocratiques alliées demeurent actifs, notamment à Beni et dans le territoire de Mambasa.

Le mirage d’une unité armée

Cette coordination, présentée comme une avancée, révèle en creux une fragmentation du dispositif sécuritaire. Comme l’écrivait Max Weber, l’État peine ici à incarner pleinement le monopole de la force légitime.

Quand la guerre avoue ses limites

Le glissement vers des solutions non militaires traduit une reconnaissance implicite : la réponse armée seule n’a pas suffi. Carl von Clausewitz l’avait souligné : la guerre ne remplace pas la politique.

Résister n’est pas vivre

« Je tiens à saluer la résilience des populations… », affirme James Swan. Mais cette résilience masque une insécurité chronique et des traumatismes répétés, comme le rappelait Albert Camus.

La violence comme horizon

De Beni à l’Ituri, la menace s’inscrit dans la durée. Déplacements, saturation des villes comme Kisangani, dégradation des conditions de vie : la crise devient systémique. Achille Mbembe évoque ces contextes où la guerre devient permanente.

« La MONUSCO restera engagée… », assure James Swan. Mais au-delà des engagements, l’enjeu reste la reconstruction d’un ordre sécuritaire cohérent. « Gouverner, c’est prévoir », rappelait Émile de Girardin. À Beni, prévoir signifie désormais anticiper la sortie d’une crise enracinée. Et comme le murmurait Victor Hugo : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent » mais ici, la lutte appelle désormais à refonder.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *