Journaliste : Didier BOFATSHI
Invité : Hans BOYEYE, Chef des travaux au Département des Sciences commerciales et administratives, filière Gestion informatique, Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, Université pédagogique nationale (UPN), Kinshasa.
Didier BOFATSHI : L’ARSP et l’ARPTC demandent désormais aux entreprises principales des télécommunications et des TIC de publier leurs appels d’offres de sous-traitance sur le portail officiel de l’ARSP. Quel est, selon vous, le sens informatique de cette décision ?
Hans BOYEYE : Nous sommes devant une évolution importante. Le numérique ne sert plus seulement à transmettre l’information. Il devient une infrastructure de gestion.
Dans ce cas, le portail joue le rôle d’un système central d’information. Il rassemble les offres et facilite leur consultation.
Je dirais ceci : « La valeur d’un système informatique ne dépend pas seulement des données qu’il contient. Elle dépend surtout de la manière dont il permet de les rendre accessibles, fiables et utiles. »
Cette logique correspond aux principes fondamentaux des systèmes d’information : collecte, traitement, stockage, diffusion et sécurisation des données.
Didier BOFATSHI : Pourquoi cette centralisation est-elle importante pour les appels d’offres ?
Hans BOYEYE : Elle permet d’abord de réduire la dispersion de l’information.
Lorsqu’une entreprise cherche une opportunité, elle doit pouvoir trouver une source officielle. Le portail devient alors un point de référence.
En informatique, nous parlons de centralisation des données et de source unique d’information.
Mais attention : centraliser ne signifie pas seulement mettre plusieurs documents sur un site. Il faut aussi structurer les données.
Une bonne plateforme doit permettre de rechercher, filtrer et consulter rapidement les offres.
Didier BOFATSHI : Vous insistez donc sur la qualité de l’information ?
Hans BOYEYE : Absolument. Une information numérique doit respecter plusieurs critères.
Elle doit être disponible. Elle doit être exacte. Elle doit être protégée. Elle doit aussi être accessible au bon utilisateur.
En sécurité informatique, trois principes sont essentiels : confidentialité, intégrité et disponibilité.
Je résumerais cela ainsi : « Une plateforme publique n’est réellement fiable que si l’information reste disponible, intacte et accessible aux personnes autorisées. »
C’est ce que l’on appelle souvent le modèle CIA en cybersécurité : confidentialité, intégrité et disponibilité.
Didier BOFATSHI : La traçabilité constitue-t-elle aussi un avantage ?
Hans BOYEYE : Oui. Elle est même essentielle.
Un système moderne doit conserver des traces des opérations. Il doit pouvoir indiquer quand une offre a été publiée, modifiée ou clôturée.
Cette fonction repose sur les journaux informatiques, appelés logs.
La traçabilité permet ensuite l’audit. Elle peut aider à comprendre ce qui s’est passé dans le système.
Je peux donc formuler un principe simple : « Ce qui est enregistré peut être contrôlé ; ce qui peut être contrôlé peut être audité. »
Cela renforce la confiance dans les procédures numériques.
Didier BOFATSHI : Mais cette transformation peut-elle créer une nouvelle exclusion ?
Hans BOYEYE : Oui. C’est le risque de la fracture numérique.
La dématérialisation facilite l’accès pour certains acteurs. Mais elle peut aussi compliquer la participation des entreprises qui maîtrisent moins les outils numériques.
Il ne faut donc pas confondre numérisation et inclusion numérique.
Une plateforme peut être techniquement moderne et socialement difficile d’accès.
L’utilisateur doit pouvoir créer son compte, chercher une offre, télécharger un dossier et déposer sa candidature sans obstacle inutile.
Didier BOFATSHI : Que recommandez-vous aux responsables de la plateforme ?
Hans BOYEYE : Je recommande trois priorités : simplicité, sécurité et assistance.
La simplicité concerne l’interface. La sécurité concerne les données. L’assistance concerne les utilisateurs.
Il faut aussi penser à l’expérience utilisateur, ou UX.
Un bon système ne demande pas à l’utilisateur de comprendre l’informatique. Il doit être conçu pour que l’utilisateur comprenne naturellement le système.
Didier BOFATSHI : Quel rôle l’authentification doit-elle jouer ?
Hans BOYEYE : Elle est fondamentale.
Le système doit savoir qui se connecte. Ensuite, il doit déterminer ce que cette personne peut faire.
Nous avons donc deux notions : authentification et autorisation.
L’authentification répond à la question : « Qui êtes-vous ? »
L’autorisation répond à une autre question : « Qu’avez-vous le droit de faire ? »
Une bonne gestion des accès doit respecter le principe du moindre privilège. Chaque utilisateur doit disposer uniquement des droits nécessaires à sa fonction.
Didier BOFATSHI : Et la cybersécurité ?
Hans BOYEYE : Elle devient incontournable.
Plus une plateforme concentre des informations importantes, plus elle devient une cible potentielle.
Il faut donc protéger les comptes, les serveurs, les bases de données et les documents transmis.
Il faut également prévoir des sauvegardes.
Un système sécurisé doit aussi pouvoir continuer à fonctionner après un incident.
C’est le principe de continuité de service.
Didier BOFATSHI : La plateforme peut-elle produire une valeur économique au-delà de la publication des offres ?
Hans BOYEYE : Oui. C’est même l’un des aspects les plus intéressants.
Chaque opération numérique produit potentiellement des données.
Ces données peuvent permettre d’analyser le marché : nombre d’offres, secteurs actifs, délais, participation des entreprises et évolution des besoins.
Nous entrons alors dans une logique de gouvernance par les données.
Je dirais : « Une plateforme qui publie des données informe. Une plateforme qui analyse les données aide à décider. »
C’est une différence importante.
Didier BOFATSHI : Cette évolution concerne-t-elle uniquement les informaticiens ?
Hans BOYEYE : Non. Elle concerne toute l’entreprise.
Aujourd’hui, la compétence numérique devient une compétence professionnelle générale.
Le responsable d’entreprise doit savoir utiliser une plateforme. Le gestionnaire doit savoir protéger ses documents. Le ca2ndidat doit savoir transmettre correctement ses fichiers.
La culture numérique devient donc un facteur de compétitivité.
Didier BOFATSHI : Quel est, finalement, le véritable enjeu de cette réforme ?
Hans BOYEYE : Le véritable enjeu est l’égalité d’accès à l’information.
Le portail doit devenir une porte vers les opportunités. Mais cette porte doit rester accessible.
La technologie doit réduire les barrières. Elle ne doit pas en créer de nouvelles.
Je terminerais par cette formule : « La transformation numérique réussit lorsque la technologie disparaît derrière la simplicité du service rendu à l’utilisateur. »
Didier BOFATSHI :Votre dernier mot ?
Hans BOYEYE : La RDC entre progressivement dans une administration davantage fondée sur les outils numériques. L’enjeu est maintenant de construire des plateformes fiables, sécurisées et accessibles.
Le numérique doit servir la transparence. Il doit aussi renforcer la compétitivité des entreprises.
Didier BOFATSHI : Merci, Monsieur Hans BOYEYE.
Hans BOYEYE : Merci à vous.

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