Luanda, le rendez-vous d’une ambition africaine
À Luanda, le 16 juillet, Félix Tshisekedi a porté le message d’une Afrique puissance appelée à jouer un rôle central dans la gouvernance mondiale. Lors du troisième chapitre de l’initiative « Un appel à la paix, à la fin des guerres et au respect du droit international », le président congolais a plaidé pour une participation accrue du continent aux décisions internationales. Son objectif : faire passer l’Afrique du statut d’espace de gestion des crises à celui d’acteur capable de proposer des solutions.
Devant des responsables politiques, diplomatiques, religieux, universitaires et représentants de la société civile, Félix Tshisekedi a affirmé que l’Afrique ne voulait plus seulement être « entendue lorsqu’elle souffre », mais aussi « écoutée lorsqu’elle propose ».
Derrière cette déclaration se dessine une ambition stratégique : redéfinir la place du continent dans un ordre mondial encore dominé par les rapports de puissance.
La fin du continent spectateur
Pendant longtemps, l’Afrique a été principalement associée aux crises. Conflits armés, pauvreté, instabilités politiques et urgences humanitaires ont souvent structuré le regard international porté sur le continent.
À Luanda, Félix Tshisekedi a proposé une autre lecture. Selon lui, l’Afrique possède des expériences propres en matière de médiation, de résilience sociale et de résolution des conflits. Elle ne doit donc plus être uniquement un territoire où les acteurs extérieurs interviennent.
Cette évolution du discours traduit une volonté de transformation politique. Le continent cherche à passer d’une diplomatie de réaction à une diplomatie d’initiative.
Dans une perspective réaliste des relations internationales, cette ambition correspond à une recherche de puissance. Pour Hans Morgenthau, l’un des grands théoriciens du réalisme, la politique mondiale reste fondée sur la capacité des acteurs à défendre leurs intérêts et à accroître leur influence.
Ainsi, l’Afrique ne réclame plus seulement une reconnaissance symbolique. Elle cherche à convertir ses ressources démographiques, économiques et géopolitiques en influence réelle.
Le défi du pouvoir derrière la revendication de justice
Cependant, cette ambition africaine se confronte à une réalité fondamentale : dans le système international, la légitimité ne suffit pas toujours à produire du pouvoir.
La structure actuelle des institutions mondiales reste marquée par des équilibres hérités de l’histoire. Au Conseil de sécurité des Nations unies, par exemple, l’Afrique demeure sans siège permanent malgré son importance stratégique dans les questions de paix et de sécurité.
La revendication portée par Félix Tshisekedi rejoint donc un débat plus large sur la réforme du multilatéralisme. Le continent demande une représentation correspondant davantage à son poids réel.
Mais une lecture réaliste rappelle que les grandes puissances modifient rarement l’ordre international uniquement sous l’effet des arguments moraux. Elles répondent surtout aux rapports de force.
Comme l’explique Kenneth Waltz, fondateur du néoréalisme, les acteurs internationaux cherchent d’abord à renforcer leurs capacités dans un environnement où aucune autorité supérieure ne garantit l’équilibre.
Pour l’Afrique, le défi est donc clair : transformer une demande de représentation en capacité d’influence.
La RDC cherche à incarner une nouvelle diplomatie africaine
Dans cette stratégie, la République démocratique du Congo occupe une place particulière. Avec sa position géographique au cœur du continent, ses ressources naturelles et son poids démographique, elle ambitionne de devenir un acteur diplomatique majeur.
La présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations unies depuis le 1er juillet constitue un instrument de visibilité internationale. Kinshasa veut utiliser cette responsabilité pour défendre la paix, la souveraineté des États et une gouvernance mondiale plus équilibrée.
Toutefois, cette ambition impose une exigence de crédibilité. La RDC doit démontrer qu’elle peut contribuer aux solutions internationales tout en faisant face à ses propres défis sécuritaires dans l’Est du pays.
Cette contradiction illustre une réalité des relations internationales : les États cherchent souvent à exercer une influence extérieure tout en consolidant leur stabilité intérieure.
Vers une Afrique actrice de son propre destin
Le message de Luanda dépasse donc la seule position congolaise. Il révèle une transformation progressive de la vision africaine du monde.
L’Afrique veut désormais être considérée comme un partenaire stratégique et non comme un simple bénéficiaire d’assistance. Elle entend participer à la définition des règles internationales, aux mécanismes de paix et aux grandes orientations économiques mondiales.
Mais cette ambition dépendra de la capacité des États africains à construire des positions communes, à renforcer leurs institutions régionales et à transformer leurs avantages naturels en puissance politique.
Comme le rappelait Raymond Aron, « les relations internationales sont des relations de puissance entre unités politiques ». Cette réalité impose une conclusion majeure : l’Afrique ne gagnera pas une place centrale uniquement par la revendication, mais par l’organisation de ses forces.
Le véritable tournant ne sera donc pas seulement celui où l’Afrique sera invitée à la table mondiale. Ce sera celui où elle disposera du poids nécessaire pour participer pleinement à la définition du menu. Comme l’écrivait Frantz Fanon, « chaque génération doit découvrir sa mission » : celle de l’Afrique contemporaine pourrait être de devenir enfin sujet de sa propre histoire.
Didier BOFATSHI

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