Le poids des silences

Réunis les 15 et 16 juillet à Genève sous médiation américaine, les représentants de la République démocratique du Congo et du Rwanda ont réaffirmé leur volonté de poursuivre la mise en œuvre des Accords de Washington. Pourtant, un an après leur signature, la persistance des combats dans l’Est de la RDC et les divergences de lecture du conflit illustrent une crise de confiance qui continue d’entraver la recherche d’une paix durable.

Les Accords de Washington demeurent au cœur des initiatives diplomatiques régionales. Selon le communiqué final du Département d’État américain consulté par notre rédaction, Kinshasa et Kigali ont convenu d’intensifier le partage d’informations et de travailler à une « compréhension commune » de la situation sécuritaire.

Toutefois, cette terminologie révèle en creux la profondeur du malaise.

Les mots de la méfiance

Dans la diplomatie, les expressions employées sont rarement anodines. Parler de « compréhension commune » signifie qu’une telle compréhension reste inachevée. Évoquer le « partage d’informations » traduit l’existence de récits concurrents et d’une confiance insuffisante.

Derrière les communiqués apparaît ainsi une réalité plus complexe : la guerre des armes est aussi devenue une guerre des narrations.

Kinshasa continue de dénoncer un soutien rwandais à l’AFC/M23 et considère le conflit comme une atteinte à sa souveraineté. Kigali, de son côté, met en avant la menace représentée par les FDLR et ses préoccupations sécuritaires.

Ainsi, les deux capitales ne s’accordent toujours pas sur les causes profondes de la crise.

Deux vérités face à face

Cette divergence constitue l’un des principaux obstacles au processus de paix.

Comme l’écrivait Paul Ricœur, « la mémoire blessée demeure le lieu des conflits les plus durables ». Dans la région des Grands Lacs, chaque acteur conserve sa propre lecture de l’histoire, de la responsabilité et de la menace.

Les réunions de Genève, de Washington ou de Londres ont permis de maintenir le dialogue. Elles ont également empêché une rupture diplomatique plus profonde. Cependant, elles n’ont pas encore produit la confiance politique nécessaire à une désescalade durable.

Les engagements existent. Les mécanismes sont en place. Mais la confiance stratégique demeure fragile.

La paix sans récit commun

L’enjeu dépasse désormais la seule application technique des Accords de Washington.

La question centrale est celle de la construction d’une vérité minimale partagée. Car aucun accord ne peut durablement produire ses effets lorsque les parties concernées ne s’entendent ni sur les origines du conflit ni sur les responsabilités qui en découlent.

Raymond Aron rappelait que « les relations internationales se développent dans l’ombre de la méfiance ». Cette formule résonne aujourd’hui avec une particulière acuité dans le dossier congolais.

La multiplication des médiations internationales témoigne de l’importance stratégique de la crise pour l’ensemble des Grands Lacs. Toutefois, elle met également en lumière un paradoxe : la diplomatie progresse plus vite que la reconstruction de la confiance.

À terme, l’avenir des Accords de Washington dépendra moins du nombre de réunions organisées que de la capacité de Kinshasa et de Kigali à rapprocher leurs perceptions du conflit.

Car la paix ne naît pas seulement de la signature des textes. Elle naît aussi de la reconnaissance mutuelle des peurs, des responsabilités et des intérêts de chacun.

« Comprendre n’est pas excuser, c’est rendre possible l’avenir », écrivait Hannah Arendt. Dans l’Est de la RDC, cet avenir reste suspendu à une question essentielle : comment bâtir une paix durable lorsque les protagonistes continuent de vivre dans des vérités parallèles ?

Liens internes suggérés :

  • AFC/M23 : comprendre les racines de la crise dans l’Est de la RDC.
  • FDLR et sécurité régionale : pourquoi Kigali maintient ses préoccupations.
  • Washington, Doha et Lomé : les différentes médiations de la crise des Grands Lacs.

Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *