Le vertige des promesses
Réunis les 15 et 16 juillet à Genève, la RDC et le Rwanda ont réaffirmé leur engagement à appliquer les Accords de Washington, sous l’égide des États-Unis et avec l’appui du Qatar, du Togo et de l’Union africaine. Pourtant, un an après leur signature, les combats persistent dans l’Est de la RDC, accentuant le décalage entre l’activisme diplomatique et la réalité sécuritaire.
Les Accords de Washington continuent d’occuper le centre du jeu diplomatique régional. Selon le communiqué du Département d’État américain consulté par notre rédaction, les délégations congolaise et rwandaise ont convenu de poursuivre la mise en œuvre du CONOPS, notamment la neutralisation des FDLR, le désengagement des forces et la levée des mesures défensives.
Cependant, aucun calendrier précis ni aucune avancée concrète n’ont été annoncés.
Des conférences sous les canons
À Genève, les diplomates ont parlé de « compréhension commune » de la situation sécuritaire. Mais, sur le terrain, la logique militaire demeure dominante. Les affrontements entre les forces gouvernementales et la rébellion de l’AFC/M23 se poursuivent, tandis que les accusations mutuelles entre Kinshasa et Kigali restent entières.
Ce contraste nourrit un paradoxe de plus en plus visible : la paix progresse dans les salles de conférence alors que la guerre continue de structurer les rapports de force.
« Les guerres finissent souvent par des négociations ; encore faut-il que les armes acceptent de se taire », écrivait Raymond Aron. Dans les Grands Lacs, cette équation demeure inachevée.
La paix ou sa gestion ?
Les critiques formulées récemment par Massad Fares Boulos devant le Conseil de sécurité de l’ONU illustrent cette impasse. Washington reproche à Kinshasa le manque de progrès dans la neutralisation des FDLR et à Kigali le maintien de son soutien présumé à l’AFC/M23.
Dès lors, une interrogation s’impose : les Accords de Washington constituent-ils encore un mécanisme de sortie de crise ou deviennent-ils progressivement un cadre diplomatique de gestion du conflit ?
La multiplication des réunions internationales entretient une dynamique politique indispensable. Toutefois, elle risque également de créer l’illusion du mouvement. Les communiqués se succèdent, mais les populations de Goma, Rutshuru ou Masisi continuent de vivre au rythme des déplacements, de l’insécurité et de l’incertitude.
Le silence attendu
L’enjeu dépasse désormais la seule relation entre la RDC et le Rwanda. Il touche à la crédibilité même des mécanismes régionaux et internationaux de résolution des conflits.
Car la paix ne se mesure ni au nombre de réunions ni à la densité des déclarations diplomatiques. Elle se vérifie sur le terrain, dans le retour des déplacés, la sécurisation des territoires et la fin des violences.
« Il ne suffit pas de parler de paix ; il faut y croire. Et il ne suffit pas d’y croire ; il faut y travailler », rappelait Eleanor Roosevelt.
Un an après leur signature, les Accords de Washington restent suspendus entre espérance et désillusion. Tant que la réalité militaire continuera de dicter le tempo dans l’Est de la RDC, la diplomatie risque de courir seule, laissant derrière elle une paix encore écrite à l’encre des communiqués plutôt qu’au silence des armes.
Liens internes suggérés :
- Crise sécuritaire dans l’Est de la RDC : chronologie de l’offensive de l’AFC/M23.
- Conseil de sécurité de l’ONU : les positions de Kinshasa et Kigali.
- Médiation togolaise et initiatives africaines pour la paix dans les Grands Lacs.
Didier BOFATSHI

Jésus-Christ t’aime
