Ville morte du 3 juin en RDC : Quand la peur roule plus vite que la démocratie

L’Assemblée nationale a adopté, mercredi 27 mai 2026, sous réserve d’amendements, les conclusions du rapport sur la proposition de loi relative à l’organisation du référendum en République Démocratique du Congo, malgré le boycott des députés de l’opposition.

Cette adoption intervient dans un climat politique tendu, marqué par l’appel à une journée “ville morte” prévue le 3 juin 2026, initiée par la coalition C64 anti-révision constitutionnelle, en réaction à ce projet de réforme.

Mobilisation de l’opposition et appel à la ville morte

À quelques jours de cette échéance, l’opposant Prince Epenge a intensifié sa campagne de mobilisation. Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, il a appelé les Congolais à rester massivement à domicile pour protester contre ce qu’il qualifie de dérive institutionnelle.

« Pas de 3e mandat, non au coup d’État constitutionnel », a-t-il déclaré. Il a ensuite exhorté différentes couches de la population à observer strictement la ville morte : « Papa, maman, jeune, étudiant, commerçant, chauffeur, enseignant, restez à la maison pour dire non à la monarchie Tshisekediste, protégez-vous, protégez vos biens. » Dans un autre message, il a insisté sur la protection des biens personnels : « Protège ton véhicule, laisse-le à la maison, il n’y a point de 3e mandat ! »

Origine de la crise politique

La tension actuelle trouve son origine dans une proposition de loi initiée par le député Pascal Ngondankoy, déclarée recevable par l’Assemblée nationale le 30 avril 2026. Le 27 mai, les députés de l’opposition ont boycotté la séance consacrée à l’examen du texte, avant d’annoncer une série d’actions politiques sur le terrain.

Dans ce cadre, plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, ont appelé à la mobilisation populaire contre ce qu’ils considèrent comme une menace pour les équilibres institutionnels du pays.

Lecture politique et débat démocratique

Les déclarations de Prince Epenge suscitent des interprétations divergentes. Pour les partisans de l’opposition, ces appels à rester chez soi visent à prévenir d’éventuels incidents et à protéger les citoyens dans un contexte jugé sensible.

D’autres observateurs estiment toutefois que ces messages peuvent exercer une pression indirecte sur la population, soulevant ainsi la question de la frontière entre mobilisation politique et contrainte sociale. La journée du 3 juin devient ainsi un test de participation citoyenne, mais aussi de maturité démocratique dans un contexte de forte polarisation.

Enjeu démocratique plus large

Dans une démocratie, la “ville morte” est généralement considérée comme un mode d’expression politique non violent, fondé sur la liberté de manifester son désaccord. Toutefois, sa légitimité repose sur un principe central : le libre choix du citoyen.

Comme le rappelait Montesquieu, la liberté consiste à pouvoir agir dans le cadre des lois, tandis que le politologue Robert Dahl insiste sur la nécessité d’une participation libre et effective pour garantir la légitimité démocratique.

Dans cette perspective, une mobilisation politique est d’autant plus forte qu’elle repose sur la conviction plutôt que sur la contrainte. Le philosophe Jürgen Habermas souligne également que la légitimité politique découle de la force de l’argument et non de la contrainte.

Au-delà des slogans et des positions partisanes, la journée du 3 juin 2026 s’annonce comme un moment de vérité politique en RDC. Elle mettra en lumière non seulement le rapport de force entre majorité et opposition, mais aussi la capacité des citoyens à exercer leur liberté de choix dans un contexte de forte tension politique.

Didier BOFATSHI

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