Bruxelles frappe, Nairobi nuance
La contradiction diplomatique s’impose désormais au cœur des débats internationaux. Sur le dossier ukrainien, Emmanuel Macron presse l’Union Européenne d’accélérer un 20e paquet de sanctions contre la Russie et de soutenir massivement l’Ukraine via un prêt européen de 90 milliards d’euros. « Nous devons avancer sur le 20e paquet de sanctions de l’Union européenne », affirme-t-il, dans un contexte de blocage partiel au sein des Vingt-Sept.
Mais à Nairobi, le ton change. Concernant la crise dans l’Est de la République Démocratique du Congo, le chef de l’État français rejette toute logique d’isolement du Rwanda, malgré les accusations internationales visant son implication présumée. « Il y a un accord de paix qui a été signé… il n’y a pas totalement la paix si on est honnête », explique Emmanuel Macron, appelant à « remettre les dirigeants autour de la table » et avertissant : « si tout le monde se précipite (…) à mettre le Rwanda au banc, il y a peu de chances qu’on convainque le Rwanda d’avoir une politique coopérative ».
Deux crises, deux grammaires diplomatiques
Pour Kinshasa, cette dualité est au cœur du malaise. Dans le cas ukrainien, sanctions massives, isolement diplomatique et mobilisation financière structurent la réponse occidentale. Dans le cas congolais, priorité est donnée au dialogue, à la médiation et à la désescalade.
Pourtant, les fondements juridiques invoqués restent identiques : l’article 2 §4 de la Charte de l’Organisation des Nations unies prohibe toute atteinte à la souveraineté territoriale. Les articles 21 et 29 du Traité sur l’Union européenne autorisent également des sanctions pour défendre la paix et les droits fondamentaux.
Kinshasa et le procès du « deux poids, deux mesures »
Dans la capitale congolaise, des analystes dénoncent une application différenciée du droit international. Ils estiment que la fermeté européenne face à Moscou contraste avec la prudence envers Kigali, malgré des accusations récurrentes de soutien à des groupes armés dans l’Est. Emmanuel Macron défend pourtant une cohérence stratégique : « C’est ma conviction (…) un dialogue respectueux avec le président Kagame et le président Tshisekedi », insiste-t-il.
Le droit international sous tension
La fracture révèle une interrogation centrale : le droit international est-il universel ou modulé par les intérêts géopolitiques ? George Orwell écrivait : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. » Dans les Grands Lacs comme en Europe de l’Est, cette maxime résonne comme une mise en garde : la cohérence des principes reste le test ultime de la crédibilité des puissances.
Didier BOFATSHI

