
Kinshasa sous les marteaux
À Kinshasa, le grondement des bulldozers couvre désormais celui des embouteillages. Mardi 12 mai, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a inspecté les travaux des rocades Sud-Est et Sud-Ouest, vaste projet routier lancé en juin 2024 par le président Félix Tshisekedi pour désengorger la capitale congolaise et moderniser les corridors stratégiques du pays.
Face aux retards provoqués par les expropriations, la cheffe du gouvernement a annoncé l’accélération des indemnisations des populations affectées afin de garantir l’achèvement des travaux d’ici 2027. Plus de 40 % du chantier seraient déjà exécutés, selon l’Agence Congolaise des Grands Travaux (ACGT).
Le chantier des tensions
Sur l’avenue Ndjoku, à Mitendi, au PK15 et sur la rivière Mfuti, Judith Suminwa a constaté l’évolution des ouvrages : routes en terrassement, échangeur à trois niveaux, ponts géants et démolitions en cours. Près de 3 000 propriétés restent concernées par les opérations d’expropriation. « Le plus grand défi reste le règlement des expropriations et la délocalisation des populations concernées », a reconnu la Première ministre.
Le corridor des ambitions
Le projet, financé dans le cadre du partenariat révisé avec Sicomines, dépasse le seul cadre urbain. Le gouvernement veut connecter Kinshasa aux axes menant vers Matadi, Boma, le Kasaï et le corridor de Lobito. « Nous allons véritablement disposer d’un pays interconnecté au niveau routier », a affirmé Judith Suminwa.
Le béton des promesses
Pour les habitants, la circulation commence déjà à changer. Mais derrière les routes neuves, les inquiétudes foncières persistent. Le philosophe Henri Lefebvre rappelait : « L’espace est politique et idéologique. » À Kinshasa, les rocades ne transportent donc pas seulement des véhicules. Elles transportent aussi les espoirs, les tensions sociales et la crédibilité politique d’un pouvoir qui joue, dans le béton, une part de son avenir.
