À Kinshasa, le tramadol ne fait pas seulement parler de santé. Il interroge aussi les comportements, les habitudes et la capacité des autorités à prévenir une pratique avant qu’elle ne s’installe. À Mont-Ngafula, un ancien consommateur a accepté de raconter son expérience aux reporters de voltefaceinfos7.com. Son témoignage, recueilli le samedi 5 septembre 2026, constitue le point de départ de cette analyse.
À Mont-Ngafula, un récit qui interpelle
Le rendez-vous se déroule à Mont-Ngafula. Face aux reporters de voltefaceinfos7.com, un ancien consommateur revient sur une période de sa vie marquée par l’usage détourné du tramadol.
Son récit est celui d’un parcours personnel. Il ne permet pas de mesurer le nombre de consommateurs dans la capitale. Mais il donne à voir ce que les chiffres, lorsqu’ils existent, ne montrent pas toujours : la manière dont une consommation peut entrer dans les habitudes et finir par modifier le quotidien.
C’est là que son témoignage prend une dimension plus large.
Car derrière le comprimé, il y a une question de santé. Mais aussi une question de société.
Quand un médicament n’est plus utilisé comme tel
Le tramadol est un médicament destiné au traitement de certaines douleurs. Son utilisation en dehors du cadre médical change la nature du risque.
Pour certains consommateurs, la recherche d’effets psychoactifs peut conduire à des prises répétées. À terme, une dépendance peut apparaître. Les risques augmentent encore lorsque le produit est consommé à fortes doses ou associé à d’autres substances.
La RDC connaît déjà des difficultés liées à l’information et à l’encadrement des jeunes face aux conduites à risque. Dans une politique nationale consacrée à la santé des adolescents et des jeunes, les autorités congolaises identifiaient notamment le manque d’information, d’encadrement et de sensibilisation parmi les facteurs associés à la toxicomanie.
Que peut-il se passer ensuite ?
C’est probablement la question la plus importante.
Si la pratique continue de se banaliser, le premier risque est celui d’une diminution de la perception du danger. Un médicament peut finir par être considéré comme un produit de consommation courant. Les nouveaux consommateurs peuvent alors sous-estimer ses effets et ses risques.
Vient ensuite le risque de dépendance.
Pour certains usagers, la consommation répétée peut progressivement prendre une place plus importante dans la vie quotidienne. Les conséquences peuvent alors dépasser la santé physique. Elles peuvent toucher les relations familiales, les études, le travail ou les rapports avec l’entourage.
Mais un autre scénario est possible : celui d’un déplacement vers les circuits clandestins.
Un contrôle plus strict de la vente peut réduire l’accès irrégulier au produit. Mais si la demande demeure, elle peut aussi chercher d’autres voies d’approvisionnement.
La question n’est donc pas seulement de savoir comment empêcher la vente abusive. Elle est aussi de savoir comment réduire la demande.
Des comportements qui inquiètent
Dans son témoignage, l’ancien consommateur évoque également des comportements susceptibles de perturber la vie sociale.
Là encore, la prudence journalistique s’impose. Il serait hasardeux d’établir un lien automatique entre consommation de tramadol et comportements violents ou perturbateurs.
Mais lorsque l’usage d’une substance affecte les relations avec l’entourage, la question cesse d’être strictement individuelle.
Elle devient collective.
Dans une ville comme Kinshasa, où les jeunes constituent une part importante de la population, la prévention apparaît donc comme un enjeu majeur. L’OMS souligne d’ailleurs l’importance d’approches adaptées aux adolescents et aux jeunes, notamment en matière d’information et de prévention des comportements à risque.
Réprimer ne suffira pas
La réponse ne peut pas reposer uniquement sur l’interdiction.
Le contrôle de la distribution reste nécessaire. Il faut pouvoir identifier les circuits de vente irréguliers, améliorer la traçabilité des médicaments et veiller au respect des règles de délivrance.
Mais cela ne suffira pas si le consommateur reste en dehors de la réponse publique.
Il faut expliquer. Prévenir. Et, lorsque la dépendance est déjà installée, accompagner.
Les campagnes de sensibilisation pourraient cibler les écoles, les universités, les quartiers et les réseaux sociaux. Les professionnels de santé, les pharmaciens et les familles pourraient également être associés à cette démarche.
L’objectif serait simple : faire comprendre qu’un médicament n’est pas un produit anodin parce qu’il est vendu en pharmacie.
Le témoignage comme point de départ, pas comme conclusion
Le récit recueilli à Mont-Ngafula ne dit pas combien de jeunes consomment du tramadol à Kinshasa. Il ne permet pas davantage d’affirmer que la capitale se dirige vers une crise sanitaire.
Mais il pose une question. Celle de ce qui pourrait arriver si une pratique aujourd’hui observée dans certains parcours venait à se banaliser.
Le témoignage de cet ancien consommateur constitue donc moins une conclusion qu’un signal.
Un signal qui invite Kinshasa à regarder non seulement ce qui se passe aujourd’hui, mais aussi ce qui pourrait se passer demain.
Car la véritable urgence n’est peut-être pas d’attendre que la dépendance devienne visible. Elle est de savoir combien de trajectoires peuvent encore être évitées.

Jésus-Christ t’aime
