RDC : Les sage-femmes lancent un cri d’alarme, « nos maternités étouffent » malgré la Journée mondiale du 5 mai

La vie sous perfusion

À Kinshasa, derrière les murs parfois fissurés des maternités, les sage-femmes ont transformé la Journée internationale célébrée mardi 5 mai 2026 en un puissant plaidoyer pour la survie du système de santé maternelle en République Démocratique du Congo. Entre manque d’équipements, surcharge humaine, fatigue psychologique et reconnaissance insuffisante, plusieurs professionnelles de santé ont appelé les autorités à renforcer d’urgence le plateau technique sanitaire afin de protéger la vie des mères et des nouveau-nés.

Placée cette année sous le thème mondial : « Un million de sage-femmes de plus », la commémoration a pris, en RDC, les allures d’un cri silencieux venu des salles d’accouchement. « Chaque jour, nous sommes en première ligne pour protéger la vie des mères et des nouveau-nés », témoigne Ruth Manzala , sage-femme depuis  3 ans dans une maternité de Kinshasa. « Nous faisons face à des défis réels : manque de matériel, surcharge de travail, accès limité aux soins et reconnaissance insuffisante. Pourtant, nous restons engagées, avec professionnalisme et humanité. » Dans les couloirs des centres hospitaliers, les blouses blanches portent désormais plus que des vies : elles portent les failles d’un système sanitaire sous tension.

Les mains qui sauvent

À travers la capitale congolaise, les sage-femmes décrivent un métier suspendu entre science médicale et résistance humaine. Leur mission dépasse largement l’accouchement. Elles suivent les grossesses, accompagnent les mères, surveillent les premiers souffles et veillent parfois seules face à l’urgence.

« C’est un métier centré à la fois sur les soins médicaux et l’accompagnement humain », explique Ruth Manzala. « Les principales difficultés sont d’assurer des soins de qualité dans des conditions souvent précaires, tout en restant fortes mentalement et physiquement. »

Dans plusieurs structures sanitaires, l’absence d’équipements adéquats transforme les actes les plus simples en combats quotidiens. Les maternités deviennent alors des fronts silencieux où chaque naissance peut basculer. Le médecin et philosophe Albert Schweitzer écrivait : « Le but de la vie humaine est de servir. » Une phrase qui résonne aujourd’hui dans les salles d’accouchement congolaises où les sage-femmes compensent souvent les insuffisances techniques par le sacrifice personnel.

Les maternités à bout de souffle

A la maternités de Mont-Ngafula, à Kindele, Annie Iyete décrit une autre fracture : celle du manque de considération. « Nous avons aussi des difficultés avec certaines familles et parfois même dans les structures sanitaires où notre travail n’est pas suffisamment valorisé », confie cette sage-femme forte de cinq années d’expérience. Elle appelle les autorités à agir rapidement. « Elles doivent faire en sorte que les sage-femmes soient reconnues partout où elles se trouvent et nous doter d’équipements afin de travailler dans de bonnes conditions. »

Derrière cette revendication apparaît une réalité plus profonde : la faiblesse des infrastructures de santé maternelle en RDC. Le déficit d’outils médicaux, la pression permanente sur le personnel soignant et le manque d’investissement fragilisent directement la sécurité des mères et des nouveau-nés. Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait que « la précarité est partout aujourd’hui ». Dans les maternités congolaises, cette précarité prend le visage de femmes épuisées qui continuent pourtant d’accueillir la vie dans des conditions parfois extrêmes.

Le combat derrière les naissances

La Journée internationale de la sage-femme, célébrée depuis 1992, vise à rappeler le rôle essentiel de ces professionnelles dans la santé maternelle et néonatale. En RDC, la création officielle de l’Ordre national des sage-femmes en mars 2024 avait suscité un espoir de reconnaissance institutionnelle après plusieurs années de plaidoyer.

Mais sur le terrain, les attentes restent immenses. Les sage-femmes interrogées à Kinshasa encouragent néanmoins les jeunes filles à rejoindre cette profession. Elles parlent d’un métier difficile, exigeant, mais profondément humain. « Il faut apprendre chaque jour, être patiente, courageuse et garder le cœur ouvert », résume l’une d’elles.

Cette transmission dépasse la vocation médicale. Elle touche à la continuité même de la vie sociale. Dans un pays où l’accès aux soins reste inégal, chaque sage-femme devient un rempart contre les drames évitables. L’écrivaine Simone de Beauvoir écrivait : « Changer la vie, voilà le vrai pouvoir. » Les sage-femmes congolaises changent des vies chaque jour, souvent dans l’anonymat le plus total.

Le cri des salles d’accouchement

Cette commémoration aura finalement révélé bien plus qu’un hommage symbolique. Elle expose une urgence sanitaire et humaine. Derrière chaque naissance réussie se cache une lutte invisible contre le manque de matériel, l’épuisement et l’abandon institutionnel. Les autorités sanitaires sont désormais interpellées sur un défi majeur : transformer les discours de reconnaissance en investissements concrets pour les maternités du pays.

Car une nation qui laisse souffrir celles qui donnent la vie finit toujours par fragiliser son propre avenir. Victor Hugo écrivait : « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent. » Dans les maternités de Kinshasa, ces femmes luttent chaque nuit contre le silence, l’urgence et parfois la mort elle-même. Et souvent, au bout de cette bataille invisible, un nouveau cri d’enfant perce encore l’obscurité.

Didier BOFATSHI

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