Le gouvernement sénégalais a adopté en Conseil des ministres, le 18 février 2026, un projet de loi visant à alourdir les sanctions contre les « actes contre nature » et à étendre ces mesures aux organisations faisant l’apologie des relations homosexuelles. Le texte doit encore recevoir l’approbation des députés avant d’entrer en vigueur. Cette initiative, annoncée quelques jours après l’arrestation de plusieurs hommes accusés d’homosexualité et de transmission volontaire du VIH, ravive un débat national sur droits humains, culture et morale.
Durcissement législatif et extension aux organisations
Le projet de loi prévoit de doubler les peines de prison jusqu’à dix ans et d’augmenter les amendes à 10 millions de FCFA. Les sanctions s’étendent désormais aux individus et organisations qui encourageraient ou feraient la promotion de l’homosexualité, que ce soit par le cinéma, les médias ou l’écrit.
Le ministre de la Culture, Amadou Ba, justifie ces mesures par un argument culturel : « La philosophie LGBT ne fait pas partie des mœurs, des coutumes et de la culture sénégalaises. » Dans une perspective éthique, comme l’écrivait Thomas d’Aquin, « la loi humaine doit refléter la loi naturelle et morale » ; ici, le gouvernement se revendique comme garant de l’ordre moral.
Crainte de criminalisation et homophobie politique
Cette loi suscite des inquiétudes concernant les libertés fondamentales. Alex Müller, directrice des questions LGBT chez Human Rights Watch, alerte : « Les termes très généraux de cette loi risquent d’ouvrir la voie à de graves violations de la liberté d’expression, de la liberté d’association et de l’accès aux soins de santé. »
Scientifiquement, la criminalisation de l’homosexualité ne réduit pas la transmission du VIH mais marginalise les populations à risque, comme le rappelle Michel Sidibé, ancien directeur exécutif de l’ONUSIDA : « Stigmatiser les populations vulnérables freine l’accès aux soins et aggrave l’épidémie. »
Une loi entre religion, culture et droits humains
Le texte reflète un mélange de normes religieuses et culturelles fortement ancrées. Selon le Coran (Sourate 7:80-81), les relations homosexuelles sont interdites, renforçant l’argument religieux avancé par certains décideurs. Mais comme le souligne Martha Nussbaum, philosophe et juriste, « la dignité humaine impose le respect des minorités et la protection de leurs droits même face aux majorités conservatrices. »
Le projet suscite donc un dilemme éthique : concilier la loi et la morale culturelle avec les obligations internationales en matière de droits humains.
Avant son adoption définitive par les députés, cette initiative législative continue de polariser la société sénégalaise entre tradition, religion et respect des libertés fondamentales, rappelant que « la justice doit être guidée par la raison et non par la peur » (John Locke).
RFI / voltefaceinfos7.com