Sanctions contre Kabila : Tshisekedi brise le silence et évoque le « fossoyeur » de l’alternance congolaise

Le crépuscule d’un héritage

Le président Félix Tshisekedi a livré, mercredi à Kinshasa, l’une de ses déclarations les plus dures à l’égard de son prédécesseur Joseph Kabila, après les sanctions américaines visant ce dernier. Dans une sortie au ton grave, presque désabusé, le chef de l’État congolais a regretté « un vrai gâchis historique », estimant que celui qui incarnait autrefois l’espoir de la première alternance pacifique en République Démocratique du Congo risque désormais d’être retenu par l’histoire comme « le fossoyeur de cette belle œuvre ».

Selon les informations consultées sur la conférence de presse du président de la République retransmise sur la RTNC par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, Félix Tshisekedi estime que les sanctions américaines découlent des « activités subversives » attribuées à son prédécesseur, accusé de vouloir créer l’insécurité afin d’imposer un dialogue politique par la force. « Les générations à venir retiendront que celui qui a été un acteur clé de cette alternance pacifique et démocratique a aussi été le fossoyeur de cette belle œuvre », a déclaré le président congolais.

L’alternance brisée

Le propos sonne comme une rupture définitive entre les deux figures de la première transition pacifique du pays.
L’histoire retiendra qu’en 2019, après près de deux décennies de pouvoir de Joseph Kabila, la RDC avait connu sa première alternance sans coup d’État ni guerre ouverte. Un tournant salué à l’époque par la communauté internationale.

Mais sept ans plus tard, le symbole vacille. Félix Tshisekedi affirme avoir détecté dès fin 2023 des signes de rupture, notamment après le refus du FCC de participer aux élections. Selon lui, cette stratégie visait à empêcher le processus électoral afin de forcer un dialogue politique.

Le président affirme également avoir alerté l’opinion dès 2024, après une intervention chirurgicale en Belgique, évoquant déjà des menaces contre la stabilité nationale. Le philosophe Hannah Arendt écrivait : « Le pouvoir naît lorsque les hommes agissent ensemble, il disparaît lorsqu’ils se divisent. » À Kinshasa, l’alliance historique qui avait permis l’alternance semble désormais réduite à un champ de ruines politiques.

Washington entre dans l’arène

Les sanctions américaines donnent une nouvelle dimension à cette fracture. Sans détailler publiquement les éléments précis ayant motivé ces mesures, Félix Tshisekedi estime qu’elles confirment les alertes qu’il disait porter depuis plusieurs années. « Les Américains ont sûrement constaté ce que nous avions déjà constaté », a-t-il affirmé.

Cette prise de position présidentielle marque un tournant. Longtemps prudente sur le dossier Kabila, la communication du pouvoir congolais adopte désormais un ton frontal, assumant publiquement la confrontation politique et judiciaire.

Dans les coulisses du pouvoir, plusieurs analystes voient dans cette séquence une tentative de redéfinition du récit politique national : d’un côté, le camp du « renouveau démocratique » ; de l’autre, celui accusé d’avoir compromis l’héritage de l’alternance.

Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait : « Les mots font les choses. » En qualifiant implicitement son prédécesseur de « fossoyeur », Félix Tshisekedi ne se contente pas de commenter une sanction internationale. Il redessine symboliquement la mémoire politique congolaise.

Le poids des héritages

Derrière cette séquence se joue une bataille plus profonde : celle de l’héritage historique de la première alternance démocratique en RDC. Pendant plusieurs années, cette transition avait été présentée comme le début d’une nouvelle culture politique fondée sur la tolérance, la stabilité institutionnelle et la transmission pacifique du pouvoir. Aujourd’hui, ce récit semble se fissurer sous le poids des accusations, des rivalités et des fractures sécuritaires.

Le dramaturge William Shakespeare écrivait dans Jules César : « Le mal que font les hommes leur survit ; le bien est souvent enseveli avec leurs os. » À Kinshasa, l’histoire de l’alternance congolaise apparaît désormais suspendue entre deux mémoires contradictoires : celle d’un exploit démocratique inédit… et celle d’un héritage que le pouvoir actuel accuse d’avoir été trahi de l’intérieur. Car en politique, les alternances ne meurent pas toujours dans les urnes. Parfois, elles s’effondrent dans les silences, les ruptures et les guerres d’influence.

Didier BOFATSHI

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