RDC : Claudel Lubaya brandit la Constitution et avertit Tshisekedi contre « le piège du troisième mandat »

La ligne rouge de la République

Le débat sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo reprend de plus belle. Dans une déclaration au ton solennel et offensif, l’opposant Claudel Lubaya a mis en garde contre toute tentative de contournement de la Constitution, particulièrement sur la question sensible du mandat présidentiel. Sous le slogan devenu viral « Ni mission, ni troisième mandat » — l’ancien député affirme qu’aucune interprétation politique de la « volonté populaire » ne peut justifier une violation de la loi fondamentale congolaise.

Selon les informations consultées sur Opinion Infos par la rédaction de Voltefaceinfos7.com, Claudel Lubaya rappelle que la Constitution congolaise encadre strictement ses mécanismes de révision et protège certaines dispositions jugées intangibles, notamment celles liées aux limites des mandats présidentiels.

« La Constitution organise exclusivement les modalités de sa révision, et non celles de sa transgression », a-t-il martelé. Cette sortie intervient dans un climat politique chargé, quelques jours après la conférence de presse du président Félix Tshisekedi, au cours de laquelle plusieurs questions relatives à une éventuelle révision constitutionnelle ont été évoquées.

Le spectre du troisième mandat

En RDC, la question du troisième mandat agit comme une cicatrice politique encore vive. Elle ravive le souvenir des tensions régionales et africaines liées aux modifications constitutionnelles ayant permis à certains dirigeants de prolonger leur règne au pouvoir.

À Kinshasa, les mots « mission » et « volonté populaire » suscitent désormais une méfiance immédiate dans les rangs de l’opposition, où certains redoutent une relecture progressive des verrous constitutionnels. Pour Claudel Lubaya, la Constitution ne peut être transformée en instrument de circonstance politique. Il invoque notamment les articles 218, 220, 164 et 165 pour rappeler les limites imposées à toute révision institutionnelle ainsi que les risques de « haute trahison » en cas de violation volontaire du texte fondamental.

Le philosophe Montesquieu écrivait : « Il n’y a point encore de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice. » Une réflexion qui résonne fortement dans un pays où les équilibres institutionnels demeurent fragiles.

La Constitution comme rempart

Derrière cette sortie politique se joue une bataille plus profonde : celle de la sacralisation de la Constitution dans la conscience collective congolaise. L’article 220, souvent qualifié de « verrou républicain », interdit explicitement toute révision portant notamment sur le nombre et la durée des mandats présidentiels. Pour une grande partie de l’opposition, toucher à ce socle reviendrait à ouvrir une crise de légitimité potentiellement explosive.

En invoquant également l’article 64, Claudel Lubaya rappelle que chaque citoyen a le devoir de défendre l’ordre constitutionnel face à toute tentative de prise ou d’exercice illégal du pouvoir. Le juriste Hans Kelsen considérait la Constitution comme : « La norme fondamentale dont découle toute la légalité d’un État. » Dans le contexte congolais, cette norme apparaît aujourd’hui comme le dernier rempart symbolique contre les soupçons de dérive institutionnelle.

Kinshasa au bord des interprétations

La déclaration de Claudel Lubaya révèle surtout une montée de la tension politique autour de l’après-2028. À mesure que le calendrier électoral se rapproche, les débats juridiques prennent une dimension existentielle pour la stabilité du pays. Du côté du pouvoir, aucune annonce officielle ne remet en cause les dispositions constitutionnelles actuelles. Mais les ambiguïtés du débat public suffisent déjà à alimenter les spéculations et les crispations politiques.

Le sociologue Pierre Bourdieu rappelait : « Les mots sont aussi des actes de pouvoir. » En RDC, les batailles politiques commencent souvent bien avant les urnes. Elles naissent dans les discours, les interprétations et les silences. Comme l’écrivait George Orwell : « Si la liberté signifie quelque chose, c’est le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre. »  À Kinshasa, la Constitution n’est plus seulement un texte juridique. Elle est devenue une frontière politique, psychologique et historique.

Didier BOFATSHI

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