
À Kinshasa, l’accord stratégique conclu entre la RDC et les États-Unis sous l’impulsion de Félix Tshisekedi et orchestré par Thérèse Kayikwamba Wagner, censé redéfinir les équilibres diplomatiques, s’est imposé dans l’espace public sans véritable décryptage, alimentant peurs, spéculations et récits concurrents, dans un contexte d’hyperdiffusion numérique où des millions d’internautes relaient un contenu mal maîtrisé.
Le brouhaha qui avale le sens
L’accord circule, se partage, s’amplifie mais se vide. Dans cette marée informationnelle, le sens s’effondre sous le poids de la viralité. Comme le notait Herbert Simon, « une abondance d’information crée une pénurie d’attention ». Ici, l’attention s’égare, et avec elle, la compréhension.
Les voix sans boussole
Influenceurs, commentateurs, citoyens engagés : tous parlent, peu expliquent. L’expertise s’efface derrière la visibilité. Daniel Kahneman décrivait ce glissement vers une pensée rapide, intuitive, souvent biaisée. Résultat : une opinion publique saturée d’analyses fragmentées, où l’émotion supplante la raison.
Le silence qui fabrique la rumeur
Face à cette cacophonie, l’État se tait ou réagit trop tard. Ce silence devient un langage en soi, un vide où prospèrent les interprétations. Jürgen Habermas rappelait que la démocratie repose sur une parole rationnelle structurée. Ici, elle vacille, remplacée par des récits flottants.
Le pouvoir glisse hors des mains
Derrière la confusion, une réalité plus profonde : le contrôle du récit échappe aux institutions. Michel Foucault l’avait pressenti : « le pouvoir produit du savoir ». En abandonnant la maîtrise du discours, l’État cède une part de son autorité symbolique.
L’urgence de dire vrai
Ce n’est pas seulement un accord qui est en jeu, mais la capacité d’un État à se faire comprendre. « Si vous ne pouvez pas expliquer simplement, c’est que vous n’avez pas bien compris », avertissait Albert Einstein. À défaut de clarté, la défiance prospère.
Car dans ce vacarme où tout se dit sans se comprendre, une évidence s’impose : « Là où l’opinion remplace le savoir, la liberté vacille », écrivait Hannah Arendt. Et peut-être, déjà, vacille-t-elle.
Didier BOFATSHI