
À Kinshasa, au lendemain de la médiatisation de l’accord stratégique RDC–États-Unis porté par Félix Tshisekedi et négocié par Thérèse Kayikwamba Wagner, visant à encadrer la coopération sécuritaire, migratoire et économique (quoi, pourquoi), les médias congolais ont multiplié débats et émissions. Mais ce dimanche 19 avril 2026, un constat s’impose : la pédagogie experte a cédé la place à une parole politisée, brouillant la compréhension d’un accord hautement technique.
Le débat sans boussole
Certes, journalistes numériques et professionnels des médias traditionnels ont largement abordé l’accord. Mais la densité des interventions contraste avec la faiblesse analytique. Les plateaux s’animent, les directs s’enchaînent, sans grille de lecture rigoureuse des mécanismes diplomatiques.
« Si vous ne pouvez pas expliquer simplement, c’est que vous n’avez pas bien compris », rappelait Albert Einstein. Ici, la simplification tourne à la déformation.
Tout le monde expert, personne référent
Dans l’écosystème médiatique congolais, une dérive structurelle s’installe : la confusion entre opinion politique et expertise technique. Qu’il soit de la majorité ou de l’opposition, tout acteur est invité à commenter des sujets complexes accords bilatéraux, sécurité régionale, droit international sans qualification spécifique.
Des figures comme Prince Epenge illustrent cette tendance, devenant des intervenants polyvalents sur des thématiques hautement spécialisées. Or, comme le soulignait Socrate, « la vraie connaissance consiste à savoir que l’on ne sait rien ».
La politique remplace l’analyse
L’accord RDC–USA, qui exigeait un décryptage pédagogique par des spécialistes en négociation internationale, est souvent traité sous l’angle des clivages politiques. Les émissions privilégient les postures partisanes au détriment de l’éclairage technique.
À l’inverse, dans plusieurs médias internationaux, les questions de guerre ou de diplomatie sont confiées à des experts capables d’expliquer, contextualiser et nuancer. Comme le rappelait Jürgen Habermas, l’espace public doit reposer sur une discussion rationnelle orientée vers la compréhension, non sur la confrontation d’opinions.
Une pédagogie absente, une opinion désorientée
Le motif initial de l’accord renforcer les partenariats stratégiques et repositionner la RDC sur la scène internationale se trouve éclipsé par des débats mal orientés. L’absence d’expertise dans la vulgarisation alimente les controverses : statut des migrants, durée supposée de l’accord, atteinte à la souveraineté.
« Une abondance d’information crée une pénurie d’attention », notait Herbert Simon. En RDC, cette pénurie devient une pénurie de compréhension.
Réhabiliter la compétence dans le débat public
À Kinshasa comme ailleurs, la crédibilité du débat médiatique repose sur la qualité des intervenants. L’enjeu n’est pas de faire parler plus, mais de faire parler juste. « La démocratie exige des citoyens informés », insistait Thomas Jefferson. Encore faut-il que l’information soit portée par ceux qui la maîtrisent.
Car lorsque l’expertise disparaît, le débat devient spectacle. Et comme l’écrivait Guy Debord, « tout ce qui était directement vécu s’est éloigné dans une représentation ». En RDC, le risque est désormais clair : voir la réalité diplomatique se dissoudre dans la mise en scène médiatique.
Didier BOFATSHI