À Kinshasa, la tension monte autour de la motion de défiance visant le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. Initiée le 12 avril 2026 par le député Laddy Yangotikala Segha, cette procédure parlementaire, fondée sur des accusations d’inefficacité face à l’insécurité urbaine, prend une tournure explosive. Alors que la plénière appelée à examiner le texte se profile, son auteur est à son tour visé par une plainte pour « faux en écritures », sur fond de contestation des signatures. Entre bataille institutionnelle, bras de fer politique et crispation sécuritaire, l’affaire cristallise les tensions au sommet de l’État.
Motion sous haute tension
Dans l’hémicycle, la procédure enclenchée contre Jacquemain Shabani agit comme un révélateur des inquiétudes sécuritaires. Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Boma, Matadi : autant de villes citées par le député pour illustrer une montée perçue de l’insécurité. Laddy Yangotikala assume la portée de son initiative, tout en nuançant son objectif : « Vrai ou faux, il y a une insécurité grandissante… ? On lui demande juste de venir s’expliquer devant la représentation nationale. » Une ligne de défense claire : auditionner, interroger, mais pas nécessairement renverser.
Plainte et riposte
Mais la contre-offensive n’a pas tardé. Une plainte pour « faux en écritures », déposée par Pambu Jean-Marie, vise directement l’élu, remettant en cause l’authenticité des signatures ayant permis le dépôt de la motion. Le député dénonce une procédure irrégulière, évoquant une transmission informelle via WhatsApp : « À un député, on n’envoie pas une plainte via son téléphone. On saisit l’Assemblée nationale pour la levée des immunités. » Une réaction qui soulève, au-delà du fond, la question du respect des formes juridiques dans un dossier hautement sensible.
L’ombre politique
Dans les coulisses, les soupçons d’instrumentalisation politique s’invitent dans le débat. Certains accusent le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, d’être à la manœuvre. Des allégations que Yangotikala rejette fermement : « Je suis un homme de conviction… Qu’ils apportent les preuves. » Une posture d’indépendance revendiquée, dans un climat où chaque initiative est scrutée à l’aune des équilibres politiques.
L’heure de la plénière
Sur le plan procédural, le député s’appuie sur l’article 235 du règlement intérieur pour défendre la recevabilité de sa démarche. Selon lui, la motion peut être débattue 48 heures après son dépôt — un délai désormais largement dépassé. Avec 56 signatures revendiquées, soit bien au-delà du seuil requis, la motion pourrait rapidement être inscrite à l’ordre du jour.
Entre sécurité et pouvoir
Au-delà du cas Shabani, l’enjeu est plus large : la gestion de la sécurité urbaine en RDC, devenue un marqueur politique majeur. La motion agit comme un test de redevabilité gouvernementale, mais aussi comme un baromètre des tensions institutionnelles. Comme l’écrivait Victor Hugo : « La responsabilité est le prix de la grandeur. »
À Kinshasa, elle se joue désormais à ciel ouvert, entre accusations croisées et exigence de vérité — là où le pouvoir doit répondre, ou vaciller.
Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka

