
Au cœur d’une province ravagée par l’insécurité persistante, l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu a lancé une alerte grave auprès du chef de la MONUSCO, James Swan, dénonçant une situation humanitaire « chaotique » causée par l’activisme des groupes armés, notamment les ADF. Lors de cette rencontre, les élus ont exigé une implication accrue de la mission onusienne pour protéger les civils et faire respecter le cessez-le-feu, dans un contexte où des milliers de déplacés survivent dans des conditions précaires.
Cri d’alarme depuis Beni
La scène est sobre, mais le message est lourd. À Beni, les élus provinciaux ont remis un courrier officiel au chef de la MONUSCO, condensé de douleurs, d’urgences et d’attentes. « Nous lui avons parlé de la situation sécuritaire de la population du Nord-Kivu, de la situation humanitaire qui est chaotique, mais aussi de la situation du développement, gravement affectée par les affres de la guerre. Il a été réceptif et nous lui avons remis notre courrier de l’Assemblée provinciale, qui retrace l’ensemble des difficultés que traverse la population du Nord-Kivu », a déclaré Robert Seninga. Dans cette déclaration, tout est dit : une province fracturée, où la guerre déborde désormais sur tous les fronts sécuritaire, humanitaire, économique.
ADF : la menace qui déborde les frontières
Au centre de cette spirale, les rebelles des ADF, accusés de nombreuses exactions contre les civils au Nord-Kivu et en Ituri. Pour l’Assemblée provinciale, leur action ne peut plus être perçue comme une simple crise interne. Les élus appellent clairement à une requalification de cette menace : les ADF doivent être considérés « comme d’autres groupes terroristes à travers le monde ». Une demande qui vise à internationaliser la réponse sécuritaire et à renforcer les mécanismes d’intervention.
Mandat onusien sous pression
Face à cette situation, les députés provinciaux ont rappelé à la MONUSCO l’étendue de son mandat, tel que défini par les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Leur exigence est sans détour : que les Casques bleus « assurent la surveillance effective du cessez-le-feu et la protection des civils ». Une injonction qui sonne comme une mise en demeure dans une région où l’inaction se paie en vies humaines.
Humanitaire en ruines, populations à nu
Sur le terrain, la réalité est brutale. Des familles entières vivent dans des abris de fortune, sans bâche, exposées aux pluies et à l’insécurité. La crise humanitaire, qualifiée de « chaotique », s’incarne dans ces vies suspendues, prises au piège d’un conflit interminable. Le Nord-Kivu n’est plus seulement une zone de tension : c’est un territoire d’urgence permanente, où chaque jour repousse un peu plus les limites de la résilience humaine.
L’appel lancé à Beni dépasse le cadre institutionnel : il interpelle la conscience internationale. Car, comme le suggèrent les élus, la crise des ADF ne saurait rester confinée aux frontières congolaises. « Nous ne pouvons pas continuer à traiter cette question comme une affaire interne alors qu’elle menace profondément nos populations », résume l’esprit de cette démarche. Dans l’ombre des collines du Nord-Kivu, l’urgence est désormais totale. Et comme l’écrivait Victor Hugo : « Ceux qui vivent sont ceux qui luttent. » Ici, il ne s’agit plus seulement de lutter — mais de survivre.
Okapi / VFI7
Didier BOFATSHI
Okapi, Téléphone ya bana mboka
