
Le cri des provinces face au mur institutionnel
La République Démocratique du Congo voit ressurgir la grande question de la décentralisation. Mardi 23 juin 2026, une délégation des présidents des Assemblées provinciales a été reçue par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge. Selon la cellule de communication de la Chambre haute du Parlement, cette rencontre s’inscrit dans les consultations préparatoires à la session extraordinaire du Parlement. Derrière cette audience officielle, un signal fort : les provinces réclament un nouvel équilibre face aux difficultés financières, institutionnelles et aux tensions avec le pouvoir central.
L’autonomie provinciale sous pression
Au cœur des échanges : les arriérés de salaires, les émoluments des députés provinciaux et les rapports conflictuels entre institutions provinciales et gouvernement central. Papy Mantezolo, président de l’Assemblée provinciale du Kongo Central, a déclaré : « Les assemblées provinciales ont beaucoup de problèmes et le Sénat, qui nous représente au niveau national, devait s’imprégner du dossier concernant les arriérés des salaires, les émoluments, mais aussi de la relation qui existe entre assemblées provinciales et gouvernement central. »
Cette alerte révèle une fracture silencieuse : celle d’une autonomie reconnue par la Constitution mais fragilisée dans sa pratique. Comme l’écrivait Montesquieu, « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».
Le Sénat, dernier pont entre Kinshasa et les provinces
Les présidents provinciaux dénoncent également les interventions répétées du ministère de l’Intérieur. « Chaque semaine, nous recevons un message officiel du ministre de l’Intérieur. Pourtant, les assemblées provinciales sont régies par la Constitution, qui reconnaît l’autonomie de gestion et administrative des provinces », a souligné Mantezolo.
Le Sénat apparaît ainsi comme un pont institutionnel, une passerelle entre le centre et les territoires. Les 780 députés provinciaux revendiquent leur poids démocratique dans les débats nationaux.
Une réforme ou une renaissance ?
Cette séquence ouvre un débat plus large sur l’avenir de la décentralisation congolaise. Entre application de la Constitution et éventuelle réforme institutionnelle, l’enjeu dépasse les provinces : il touche à la stabilité de l’État.
« Une Constitution ne vaut que par les institutions qui la font vivre », rappelle le juriste Georges Vedel. La RDC est donc face à un choix historique : transformer l’autonomie provinciale en réalité ou laisser s’éteindre une promesse démocratique.
Comme l’affirmait Alexis de Tocqueville, « c’est dans la commune que réside la force des peuples libres ». Aujourd’hui, le souffle des provinces rappelle que l’avenir de la République se construit aussi loin du centre, dans les territoires qui portent la voix du peuple.
Didier BOFATSHI
Jésus-Christ t’aime
