RDC : Guillaume Ngefa promet une refonte judiciaire dans l’Est, entre ruines institutionnelles et espoir de reconstruction

Kinshasa-Uvira-Fizi-Baraka, la justice en chantier dans un Est fracturé

La République Démocratique du Congo s’engage dans une nouvelle tentative de reconstruction de son appareil judiciaire dans l’Est du pays. Mardi 28 avril 2026, le ministre de la Justice Guillaume Ngefa a annoncé la perspective de création de nouvelles juridictions dans les zones affectées par l’insécurité, à l’issue d’une rencontre avec des députés nationaux originaires de cette région meurtrie.

Au cœur des échanges : l’effondrement partiel de l’accès à la justice dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment Fizi, Baraka et Uvira, où les institutions judiciaires peinent à fonctionner. Le gouvernement promet une approche progressive, incluant l’envoi d’une mission d’évaluation et la relance des infrastructures détruites. « L’amélioration du cadre institutionnel et judiciaire demeure une priorité. La justice occupe une place centrale dans les efforts de stabilisation », a déclaré Guillaume Ngefa.

Dans l’Est, la justice comme ligne de front silencieuse

Dans ces territoires marqués par des décennies de violences, la justice ne se limite plus à une institution : elle devient un marqueur d’existence de l’État. L’absence ou la faiblesse des juridictions est perçue comme un prolongement de l’insécurité elle-même. Les députés de l’Est ont dressé un constat sans détour : déficit de tribunaux, manque de magistrats, infrastructures délabrées, et populations livrées à des mécanismes informels de résolution des conflits. « Sans justice, il n’y a ni État ni confiance », résume un élu présent à la rencontre.

Fizi, symbole d’un vide judiciaire structurel

Le cas de Fizi cristallise les inquiétudes. Avec près de 900 000 habitants, ce territoire ne dispose que d’un tribunal de paix aux capacités limitées, incapable de répondre à la complexité des litiges locaux dans un contexte post-conflit.

Les parlementaires plaident pour la création urgente d’un tribunal de grande instance, estimant que l’architecture judiciaire actuelle ne correspond plus aux besoins démographiques et sécuritaires de la zone. Dans cette configuration, le droit devient distant, parfois inaccessible, laissant place à des systèmes parallèles de régulation sociale.

Reconstruire l’État par ses tribunaux

La stratégie évoquée par le ministre de la Justice s’inscrit dans une logique plus large : restaurer l’autorité de l’État à travers la réimplantation de ses institutions fondamentales. Une mission est annoncée à Uvira pour évaluer les dégâts et préparer la reprise des activités judiciaires. Cette approche repose sur une conviction institutionnelle : sans justice fonctionnelle, aucune stabilisation durable n’est possible. « La justice est le premier langage de l’État », confiait un magistrat lors des discussions préparatoires.

Justice, sécurité et économie : un même nœud critique

Au-delà de la dimension institutionnelle, les élus ont également souligné un enjeu économique majeur : l’absence de justice efficace freine l’investissement et fragilise le climat des affaires dans l’Est du pays. Dans ces zones, l’insécurité juridique s’ajoute à l’insécurité physique, créant un environnement peu propice à la relance économique. La reconstruction judiciaire apparaît ainsi comme un levier double : rétablir la confiance des populations et restaurer l’attractivité économique.

Refaire l’État par le droit

« Là où la justice s’éteint, l’État s’efface », confie un acteur institutionnel du Sud-Kivu. Dans l’Est de la RDC, la promesse de nouveaux tribunaux dépasse la simple réforme administrative. Elle engage une tentative de réinscription de l’État dans des territoires où sa présence a longtemps été fragmentée. Et comme le rappelait Montesquieu, en écho à cette reconstruction lente et décisive : « Il n’y a point de liberté si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et exécutrice. »

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